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Le sport au féminin

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    • 2013-03-25 00:00:00
    • ISABELLE LAMOUR : «IL FAUT REDONNER CONFIANCE»
    • Escrime
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    • ESCRIME. Samedi 16 mars, Isabelle Lamour était élue à la présidence de la Fédération française d'escrime (FFE) avec 80 % des suffrages. A 47 ans, l'ancienne fleurettiste sélectionnée olympique, épouse de Jean-François Lamour, double champion olympique au sabre, est pour l'instant l'unique femme élue à la tête d'une fédération nationale d'un sport olympique. Honorant pour la première fois de sa présence depuis son élection une compétition ce dimanche, halle Carpentier à Paris, elle a accordé son premier entretien à Sportiva-infos. Question-réponses. (8616 signes) Quel accueil vous a-t-on réservé pour votre première compétition en tant que présidente ? C'est la Ligue de Paris qui organise ce rendez-vous. Étant membre de son comité directeur depuis 2008, je suis presque en famille devant cette compétition. L'accueil est chaleureux, digne d'une atmosphère d'après-élection, faite essentiellement de congratulations parce que nous avons établis des liens forts de proximité depuis un an. Mais on ne se projette pas vraiment encore dans l'avenir. On prend connaissance des différents dossiers à la fédération, on a rencontré le personnel, on s'installe. Un premier bureau a été élu ce samedi par le nouveau comité directeur et j'espère que le DTN sera désigné dans les prochaines semaines. J'ai bon espoir que nous puissions ainsi trouver notre rythme de croisière d'ici à deux mois. Vous avez été élue à la faveur d'un constat grave pour l'escrime française, quel est-il ? Celui d'une perte de vitesse amorcée depuis plusieurs années. On ne va pas refaire le passé mais tout le monde a en mémoire le zéro pointé de nos équipes de France aux Jeux olympiques de Londres (le premier depuis 1960, Ndlr.). On a tous été excessivement malheureux. Certes, l'équipe de France n'a pas été à sa place. Elle vaut même beaucoup mieux que le triste bilan londonien, mais il faut redonner de la confiance, sur le haut niveau. Il faut organiser différemment les groupes de travail, retrouver le lien avec les clubs qui nous manquent en ce moment. Le nombre de licenciés stagne alors qu'il est censé augmenter en année post-olympique afin de pouvoir surfer sur ce sursaut pendant quatre ans. Sur ce point, l'olympiade qui commence va sans doute être compliquée. Or, on ne peut pas se permettre un recul. Il y a aussi des soucis financiers qui, je l'espère, seront résolus très prochainement. Le passage à vide du haut niveau explique-t-il tous les problèmes rencontrés ? Beaucoup de choses mais pas uniquement. L'équipe de France, c'est ce que voit le grand public. C'est la partie émergée de l'iceberg. Derrière, il y a tout un travail au niveau des clubs. Il y a la formation des maîtres d'armes, un enjeu très important. Un sport qui ne développe pas ses structures et ne renouvelle pas l'enseignement est appelé à stagner ou régresser. Le haut niveau a mis en lumière un malaise plus profond. 80 % des votes exprimés en votre faveur, ce n'est pas loin d'être un plébiscite ? Il y a non seulement ce chiffre mais aussi celui de la participation établie à 80 %. Pour la première fois, les clubs étaient appelés à voter et ils se sont mobilisés. Recueillir leurs suffrages démontre leur attente, l'envie d'orientations différentes. Nous devons continuer ce travail de proximité. « La France doit retrouver son rang » Durant votre campagne, vous avez encouragé un « décloisonnement » de l'escrime française. Pourquoi s'est-elle cloisonnée ? C'est un cloisonnement volontaire, une vision des choses où chaque catégorie s'entraîne avec sa catégorie, où les filières de détection ou d'entraînement des jeunes sont très restrictives. Je m'explique : une fois qu'on est bon en club, on va dans des pôles ; puis, si on est bon en pôle, on va à l'Insep. Finalement, tout ça nous prive de vrais talents, de gens qui n'ont pas forcément la volonté de quitter leur club alors qu'ils sont capables de s'y entraîner. Notre objectif est que chacun puisse se préparer dans les meilleures conditions, que ce soit en club, en pôle ou à l'Insep. On promeut l'ouverture : ce n'est pas au tireur de s'adapter au système mais au système de s'organiser pour que chaque tireur puisse s'épanouir. La France a ainsi perdu sa place dans le gratin planétaire... Et elle doit retrouver son rang. C'est possible, regardez les Italiens. Malgré la mondialisation de l'escrime, ils occupent toujours les premières places mondiales. Idem pour les Russes. Si certaines nations, y compris les pays émergents de l'escrime, sont capables de s'organiser pour être performantes, alors pourquoi pas nous, d'autant plus avec notre passé, notre savoir-faire et notre histoire. On doit pouvoir y arriver. Vous l'ancienne fleurettiste devez vous réjouir de la grande forme du fleuret féminin, l'arme la plus en forme depuis quelques mois ? N'oublions pas l'épée masculine mais, en effet, nos fleurettistes se portent très bien. Les podiums se multiplient depuis un moment et leur parcours est remarquable cette année. Il y a un travail de fond qui a été réalisé par l'entraîneur national et son adjoint. Cette arme a trouvé la confiance. Et la confiance en escrime est fondamentale. On peut par exemple être moins fort techniquement et physiquement mais si la préparation mentale est bonne, on peut compenser. Les filles sont vraiment en confiance grâce à un vrai travail de fond. Ça me ravit de les voir occuper ces premières places mondiales parce qu'elles le méritent. « Laura Flessel a beaucoup apporté. Elle apportera peut-être encore... » Moteur de cette confiance depuis plus de 15 ans, Laura Flessel s'est retirée et l'escrime française a perdu sa star après les JO. Comment faire sans elle ? Laura a apporté beaucoup à l'escrime. Elle apportera peut-être encore beaucoup en s'engageant encore... on verra ça par la suite. Mais on a des athlètes qui ont aussi une histoire et qu'on doit promouvoir. C'est notre rôle à la fédération de les aider à sortir de l'anonymat, à se rapprocher un peu plus des médias. Nous avons des Laura Flessel en puissance aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Il faut les accompagner. La réussite observée lors des derniers championnats d'Europe juniors et cadets est la preuve que la pépinière française n'est pas épuisée... Absolument, nous avons des vrais talents dans les clubs et des maîtres d'armes extrêmement compétents pour les pousser vers la performance. Maintenant, nous devons promouvoir ce travail, instituer une collaboration entre les entraîneurs nationaux, les cadres techniques fédéraux et maîtres d'armes de clubs pour que tout le monde arrive à œuvrer dans le même sens. Ce ne sera pas facile car des mauvaises habitudes ont été prises. « Féministe de combat ? Pas du tout ! » A titre personnel, vous êtes l'unique femme élue à la tête d'une fédération olympique. Qu'est-ce que cela doit représenter ? Je pense que c'est une ouverture. C'est comme en politique. Les femmes ont beaucoup apporté. On ne va pas opposer femmes contre hommes, mais je pense qu'on a une vision complémentaire des choses. On essaye de comprendre pourquoi l'engagement des femmes est moins important en sport que dans d'autres domaines comme le caritatif par exemple. Fondamentalement, si cela fait parler d'escrime, tant mieux. Mais moi, Isabelle Lamour, femme présidente de fédération, je vais faire le même travail qu'un homme. Si ce n'est avec une sensibilité différente. Vous ne portez donc pas une parole féministe de combat ? Pas du tout. Ma candidature s'est élevée naturellement dans une équipe avec laquelle j'ai la chance de travailler. De l'extérieur, c'est une spécificité je l'admets. Mais, je ne me sens pas différente d'un autre président de fédération. Comment s'est construit votre parcours depuis la fin de votre carrière ? J'ai eu quelques années où je me suis investie aux niveaux professionnel et familial. Et puis, c'est de famille, on a envie d'y revenir. Je me suis investie dans mon club, puis à la Ligue de Paris, au comité régional d'Île-de-France, la fédération. Je suis logiquement revenue dans un environnement que je n'avais pas vraiment quitté. Propos recueillis par Christophe Lemaire Isabelle Lamour Née le 17 mars 1965 à Lyon (Rhône). Internationale française de fleuret entre 1985 et 1995. Sélectionnée olympique en 1998 et 1992. Championne de France individuelle en 1990. Membre du comité directeur de la Ligue de Paris, vice-présidente du comité régional d'Île-de-France et membre du comité directeur de la Fédération française avant son élection à la présidence la 16 mars 2013.

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ISABELLE LAMOUR : «IL FAUT REDONNER CONFIANCE»

Interview et photo : Christophe Lemaire

ESCRIME. Samedi 16 mars, Isabelle Lamour était élue à la présidence de la Fédération française d'escrime (FFE) avec 80 % des suffrages. A 47 ans, l'ancienne fleurettiste sélectionnée olympique, épouse de Jean-François Lamour, double champion olympique au sabre, est pour l'instant l'unique femme élue à la tête d'une fédération nationale d'un sport olympique. Honorant pour la première fois de sa présence depuis son élection une compétition ce dimanche, halle Carpentier à Paris, elle a accordé son premier entretien à Sportiva-infos. Question-réponses. (8616 signes)

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