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Le sport au féminin

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    • 2013-05-06 00:00:00
    • LE NOM DES SPORTIVES
    • Autour du sport
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    • Le sport féminin a désormais son dictionnaire, au sens propre du terme, avec le Dictionnaire du sport au féminin, dont les définitions ont été compilées par Christiane Tetet, spécialiste en linguistique, sémiotique et communication, et plus généralement faiseuse de mots féminins, de variantes devenues nécessaires avec le temps. Le sport, qui se féminise plus qu'il ne se masculinise, est le champ de tous les possibles comme le montre ce livre que nous avons disséqué. Est-elle une sportswoman, une femme de sport ou une sportive ? Et si on l'appelait footballeuse ? Ou joueuse de football ? Ou footeuse ? Et pourquoi le défenseur ne serait-elle pas une défenseuse, quand le gardien peut-être gardienne, l'attaquant attaquante ou le milieu la milieu ? Sur plus de 300 pages qui respectent les codes du dictionnaire le plus élémentaire, Christiane Tetet questionne l'usage des mots féminins dans le vocabulaire sportif. Dans le texte, de la pointe de sa plûme, de son stylo, des phalanges qui tapotent sur les claviers, ou à haute et intelligible voix, comment désigner la sportive qui inaugure pour sa gent une pratique sportive ? Cette question, des tas d'observateurs, qu'ils soient journalistes ou pas, se la posent encore. Quoi de plus logique quand, « à la difficile conquête du sport par la femme, s'est ajoutée la difficile conquête de la parité linguistique », affirme ainsi l'auteure (féminisons ce terme aussi, différemment apprécié, mais fort à propos) en introduction. Une chose est certaine. Par le temps qui passe, par son élasticité, la langue française a toujours mué, à tort ou à raison et de façon plus ou moins élégante, pour permettre la féminisation de ses termes propres au champ lexical du sport. Ce qui est étonnant, c'est que les connotations de féminisations passées, comme la surprenante « athlétesse » pour « l'athlète », ont laissé place à des féminisations de lutte et d'identité forte, comme la « judokate ». Formé sur un mot nippon, le « judoka » (celui qui s'adonne à l'art du judo), la judokate a gagné ses lettres de noblesse avec le temps. Toute une histoire alors car la lecture que l'on peut faire de ce livre identifie deux dynamiques : celle d'un XIXe siècle et d'une partie d'un XXe où le pouvoir sportif, éminemment masculin, attribuait des termes pour ne pas mélanger les genres ; et celle d'une fin de XXe siècle et de début du XXIe où les sportives s'évertuent à inventer toutes sortes de qualificatifs féminins pour exister, l'exemple du football étant le plus criant. L'entraîneuse, la chauffeuse, l'haltéro-fille « Avant de s'imposer, la forme féminine est parfois passée par différents stades, explique Christiane Tetet, docteure (impossible d'y échapper) en linguistique, sémiotique et communication à l'Université de Franche-Comté et par alleurs ingénieure (oui) linguiste au CNRS. Le masculin, puis le masculin avec adjonction de l'adjectif féminin ou adjonction des substantifs femme, dame, fille en ané ou postposition.» Dernière forteresse, celle du pouvoir ou les débats les plus locaces font rage pour savoir si Valérie Fourneyron est Madame le ministre ou Madame la ministre des Sports. Naturellement historique, ce dictionnaire retrace les étapes de la féminisation du vocabulaire au prix d'une immense revue de presse des journaux sportifs des XIXe et XXe siècles. L'auteure y a scruté la moindre avancée lexicale, la moindre voyelle qui viendrait se greffer à un mot pour en désigner son volet féminin. Aussi, ce dictionnaire, qui longe l'exhaustivité, y évoque les andecdotes lexicales les plus croustillantes d'époques révolues. Ainsi, Christiane Tetet fait état, pour la définition de la chauffeuse, le féminin du chauffeur, le pilote de course, d'une remarque acerbe dégotée dans Le sport universel illustré du 5 février 1898 : «Il me semble, en outre, que le titre de chauffeur ou de chauffeuse, attribué aujourd'hui à celui ou celle qui pratique l'automobilisme, devrait suffire à dégoûter la femme de ce genre de locomotion. » Sans ambages, dans un souci de rester dans le genre du dico, elle y présente également « l'haltéro-fille », jeu de mots, ou pas, dont la première lecture est faite en 1985 : « Qui a dit que toutes les haltéro-filles étaient grosses et moches ? » (Franche-Comté Haltérophilie de septembre 1985). Et comment oublier l'infinie palabre autour de l'entraîneuse, la femme qui désigne indifféremment la coach et celle qui use de ses charmes pour encourager à la dépense, pour ne pas dire à la débauche, un généreux client. Le dictionnaire du sport féminin pèse ses mots, manie la citation avec justesse. Plus qu'un dictionnaire, il est un livre d'histoire sur l'évolution de la perception de la sportive dans la société française. Car après tout, quel meilleur témoin d'une époque que les manies de son langage ? Ch.L. Le plus De la femme de sport à la sportive, Dictionnaire du sport au féminin, Les mots pour la dire du XIXe au XXe s., édité en mars 2013 par le Comité régional olympique et sportif (CROS) de Franche-Comté, avec le concours de la Direction régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale (DRJSCS) de Franche-Comté, et du Comité départemental olympique et sportif (CDOS) du Doubs. 302 pages. Tarif : 35 euros.

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LE NOM DES SPORTIVES

Ch.L.

Le sport féminin a désormais son dictionnaire, au sens propre du terme, avec le Dictionnaire du sport au féminin, dont les définitions ont été compilées par Christiane Tetet, spécialiste en linguistique, sémiotique et communication, et plus généralement faiseuse de mots féminins, de variantes devenues nécessaires avec le temps. Le sport, qui se féminise plus qu'il ne se masculinise, est le champ de tous les possibles comme le montre ce livre que nous avons disséqué.

Est-elle une sportswoman, une femme de sport ou une sportive ? Et si on l'appelait footballeuse ? Ou joueuse de football ? Ou footeuse ? Et pourquoi le défenseur ne serait-elle pas une défenseuse, quand le gardien peut-être gardienne, l'attaquant attaquante ou le milieu la milieu ? Sur plus de 300 pages qui respectent les codes du dictionnaire (...)

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