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Le sport au féminin

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    • 2013-06-12 00:00:00
    • Comment s'extirper (de justesse) des griffes des Eagles
    • Rugby
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    • Quatre jours après un premier revers 13-10, l'équipe de France de rugby en tournée en Californie a pris sa revanche sur son homologue américaine, la nuit dernière à Oxnard, non loin de Los Angeles. Récit d'un match par comme les autres, remporté par les Bleues au prix d'une incroyable fin de match... qui a allègrement débordé sur le coup de sifflet final. Si vous cherchez un lieu tranquille dans les montagnes de Californie, un oasis de verdure loin de la fureur et du bruit, alors Oxnard, à 80km sur la côte au nord-ouest de la Cité des Anges (Los Angeles), est pour vous. Si vous cherchez un endroit pour organiser un match de rugby international féminin entre les Etats-Unis et la France, alors peut-être passerez-vous votre chemin, à moins de goûter le farniente environnant et l'extrême gentillesse des riverains à la limite de la neurasthénie, pas loin de vous convaincre des bienfaits de la sieste biquotidienne. Le stade champêtre d'Oxnard College, avec ses palmiers, son public clairsemé et son panneau à la gloire de l'équipe locale de foot US, les Condors, est à l'avenant, plus propice à la contemplation qu'au combat. Pour le spectacle, en revanche, même dans ce pays de Cocagne, faites confiance aux trente actrices sur le terrain, conviées mardi soir à un deuxième test-match, aux allures de revanche pour les Bleues et de confirmation pour les Eagles américaines. La France avait beaucoup à se faire pardonner : un premier test-match mal emmanché le 7 juin, aussitôt mis sur le compte d'une fraîcheur physique aux abonnés absents, un combat mal géré, après une première mi-temps satisfaisante, suivie d'une seconde… consternante en termes d'engagement. Les Eagles, flairant l'odeur du sang, avaient su élever leur niveau de jeu et battre les visiteuses hagardes au jeu de la saine agressivité. Le score était passé de 10-0 en faveur des Françaises à 13-10 pour les Américaines au coup de sifflet final. Et un coup de massue pour le staff, qui s'attendait sûrement à tout sauf à ça. L'effet citron Même lieu, même heure, pour le deuxième test-match. L'affaire commence mieux, bien mieux, avec une envie retrouvée côté français, au combat comme dans le jeu. Une pénalité réussie par Aurélie Bailon, vite suivie d'un essai limpide de Laëtitia Esteves, non-transformé. 8-0, et un décalage horaire visiblement avalé. Les Eagles, elles, campent dans leurs 22, soufflent, agonisent même devant la rapidité d'exécution des Bleues. « Pas de panique, arrêtez de vous emballer, les conjure leur coach anglais Pete Steinberg dans l'en-but. Regardez où sont vos vis-à-vis, marquez-les et reprenez-vous ! » Plus facile à dire qu'à faire, tant cette première mi-temps est à sens unique : tout bleu. Un deuxième essai marqué par Assa Koïta et transformé par Aurélie Bailon vient valider la performance des féminines tricolores. Et pourtant, deux occasions d'essai vendangées font bondir l'un des deux coaches français, Christian Galonnier qui, depuis les tribunes, hurle : « arrêtez les passes impossibles ! Franchissez !» La mi-temps est atteinte sur le score flatteur de 18-3. Comme lors du premier test-match, on croit l'essentiel acquis. Comme le 7 juin, la désillusion n'en sera que plus cruelle. Les Eagles reviennent des citrons avec le mors aux dents, visiblement regonflées à bloc par le sorcier Steinberg. Les dix premières minutes de ce deuxième acte leur appartiennent, les Bleues encaissant les coups de boutoir, reculant sur les impacts, perdant des ballons par précipitation et besoin de compliquer les choses. C'est à leur tour de subir la vitesse d'exécution de leurs adversaires. Du coq... à l'âne Sadie Anderson, la demi d'ouverture américaine venue du sept, est un vrai poison. Après deux percées somptueuses en première mi-temps, avortées faute de soutien, elle anime le jeu de son équipe à merveille, placée en profondeur, basse sur ses appuis et d'autant plus dure à plaquer qu'elle arrive lancée. A contrario, les Françaises jouent à plat, tardent à éjecter les ballons, laissant la hargneuse défense US se replacer. Les soutiens sont une demi-seconde en retard, les Américaines grappillent des munitions au sol, par leur grinta. Les mouches seraient-elles en train de changer d'âne ? De 18-3, le score passe à 18-8, après un essai en force du flanker Kate Daley, après une percée étincelante de l'ailier de poche Ashley Kmiecik, capitaine exemplaire. Puis il enfle à 18-18, sous les vivats du public qui se prend à y croire. La sortie sur carton de Kristen Zdanczewicz, le troisième-ligne aile des Eagles coupable d'un plaquage à retardement à la 60e, va permettre aux Bleues de souffler, et reprendre un peu le cours du match. Aurélie Bailon claque coup sur coup trois pénalités, qui alourdissent la barque à 27-18. C'est presque gagné. Une dernière offensive française s'enclenche, tandis qu'on s'approche de la fin du temps réglementaire. Face à la rush defense américaine, Aurélie tente un petit par-dessus pour Sandrine Agricole lancée plein fer. Mais les Eagles récupèrent et lancent une folle contre-attaque. 70m et trois temps de jeu plus loin, essai en force validé par l'arbitre dans un amas de joueuses. Cela fait 27-23 puis 27-25 avec la transformation pour les Françaises qui semblent à nouveau manger les pissenlits par la racine. Le scoreur s'est-il assoupi ? C'est alors que survient un moment étrange. Au coup de sifflet final, les joueuses américaines se tombent dans les bras, se congratulent, tandis que le staff, dévalant les gradins, s'époumone, pousse des « yeah » joyeux et sauvages. Tous semblent convaincus que les Eagles viennent d'arracher un nul qui vaut une victoir. Le maigre public peu connaisseur, qui piétine parfois un peu avec cette drôle de comptabilité des points au rugby, embraie et se met à célébrer le résultat flatteur. Incrédulité dans les rangs français : le staff, les joueuses remplaçantes, le reporter de Sportiva-infos, refont leur calcul. Il y a 27-25 pour la France, rien à faire. Le staff français au complet s'approche du préposé au score, et des arbitres, qui maintiennent, droites dans leurs crampons : 25 partout, match nul, fin du débat. A la demande des Français, il est procédé à un visionnage rapide de la vidéo, à la 32e minute de la première mi-temps très exactement, lorsqu'Aurélie Bailon convertit le deuxième essai bleu d'Assa Koïta. Les arbitres de touche ont soulevé leur drapeau, mais le préposé au score omet d'ajouter les deux points de la transformation. Lui a inscrit un score de 16-3 pour les Bleues à la mi-temps, quand le reste des spectateurs s'accordait sur 18-3. Le score sur la feuille de match est corrigé, soulagement chez les tricolores Pete Steinberg, resté en retrait, opine du chef en souriant : «Je le savais, il y a 27-25, score final, point.» « Ça va piquer ! » Côté joueuses et staff US, en revanche, l'après-match vire à la confusion. Une bonne fois pour toutes, y a-t-il nul ou défaite ? Le long de la main courante, un panneau blanc Velléda annonce toujours un inexact « USA 25 – France 25 », que l'envoyé spécial de Sportiva doit bien modifier d'un revers de paume et d'un coup de marqueur, puisque personne ne veut s'y coller. C'est l'Amérique du rugby : amateur jusqu'au bout des ongles, tout à la fois accueillante et bordélique. Mais ces péripéties comptent peu comparé à la chaleur des hôtes, qui s'enthousiasment comme des enfants pour ce triple défi contre l'équipe de France féminines, désormais attendue de pied ferme pour l'ultime levée, vendredi, au stade du Home Depot de Carson, dans les faubourgs de LA. Une défaite surprise et agaçante, une victoire presque miraculeuse et tout aussi frustrante : on n'est pas loin du scénario idéal avant le troisième et dernier test-match de la tournée, et un suspense insoutenable à la clé. Les Eagles, ravies de leur succès initial, fières de cette courte défaite, peuvent-elles remporter une victoire historique, et enlever la tournée dans la foulée ? Ou bien les Bleues, piquées au vif après deux prestations en demi-teinte, vont-elles boucler leur escapade sous les palmiers par un succès bien net et tranchant qui mettra tout le monde d'accord ? Avant de s'interroger sur les stratégies gagnantes, il faudra d'abord répondre au remarquable défi physique des Américaines. « Pas de doute, ça va piquer», prédit la coach française Nathalie Amiel, qui s'attend à ce que Steinberg, après une revue large d'effectifs, leur présente sa meilleure équipe. Ca tombe bien, elle et Christian Galonnier aussi. Adieu Oxnard, son pré et ses palmiers, bienvenue dans l'arène, le bruit et la fureur de LA. M.P. Pour l'Oscar de la meilleure joueuse: ex-aequo (MVP ou Most Valuable Player, en américain dans le texte) : USA: Blaney, Anderson, Kmiecik , Peterson France : Ezanno, Rabier, Koïta, Ndaiaye, Bailon, Esteves Ils ont dit... Pete Steinberg, entraîneur des Eagles : «Nous avons fait un super match et il y a de l'amélioration par rapport au premier. C'est ce que nous attendions. C'était notre but, quel que soit le résultat aujourd'hui. Nous avons joué comme une équipe, et bien, ce qui n'était pas évident car beaucoup de filles ne se connaissaient pas avant cette tournée. Nous avons réussi à enchaîner un certain nombre de phases intéressantes et de jouer au rythme escompté. Mais il y a encore beaucoup à travailler car les Françaises nous ont bousculé, surtout en première mi-temps. Il y a beaucoup à dire sur nos difficultés à conserver le ballon, sur les mauvais coups de pied tactiques. Mais je ne vais pas me plaindre : nous savons désormais que nous avons une certaine profondeur d'effectif et pour la première fois, je ne sais pas quel est mon meilleur alignement.» Nathalie Amiel, entraîneur des Bleues : «Ce qui n'a pas marché cette fois-ci ? Je ne sais pas trop, il va falloir en parler à tête reposée. On gère bien la première mi-temps mais ça s'effondre un peu en seconde et on les laisse revenir au score, on ne concrétise pas les points qu'on doit marquer au pied. On est désorganisé, stressé défensivement, et on se met tout seul en danger. Il y a un problème de mental par moments. Nous rendons les ballons au pied alors qu'il faudrait les garder, nous relançons de nos 22 à la main, alors qu'il faudrait taper. Les remplaçantes de qualité entrées en seconde mi-temps n'ont pas apporté ce que nous espérions. On va faire l'analyse du match, collectivement et individuellement.» Fiche technique du match Points USA - 25 Essais : 2 (Daley) Transformations : Anderson 2/3 Pénalités : Anderson 2/2 FRANCE - 27 Essais : 2 (Esteve, Koïta) Transformations : Bailon 1/2 Pénalités : Bailon 5/5 Évolution du score 0-3 (pour la France), 0-8, 3-8, 3-11, 3-16, 3-18, 8-18, 11-18, 16-18, 18-18, 18-21, 18-24, 18-27, 23-27, 25-27. Carton : jaune pour indiscipline, Kristen Zdanczewicz (n°7 USA, 60e). Blessure : Elodie Portaries (n°3 France, remplacée par Christelle Chobet à la 51e). Composition de l'équipe des Eagles (USA) 1. Naima Reddick (Burke, 70e) ; 2. Kittery Wagner (Keller, 64e) ; 3. Jessica Davis (Rogers, 50e) ; 4. Sarah Walsh (Farmer, 78e) ; 5. Sharon Blaney ; 6. Mel Denham (Turley, 58e) ; 7. Kristen Zdanczewicz ; 8. Kate Daley ; 9. Carrie White (Lui, 58e) ; 10. Sadie Anderson ; 11. Ashley Kmiecik (cap.) ; 12. Anne Peterson ; 13. Erin Overcash (Bonny, 40e) ; 14. Amanda Street ; 15. Meya Bizer. Remplaçantes : 16. Devin Keller ; 17. Hope Rogers ; 18. Jamie Burke ; 19. Carmen Farmer ; 20. Shaina Turley ; 21. Jennifer Lui ; 22. Hannah Stolba ; 23. Megan Bonny. Composition de l'équipe de France 1. Hélène Ezanno (Arricastre, 48e) ; 2. Gaëlle Mignot (cap.) (Sainlo, 79e) ; 3. Elodie Portaries (Chobet, 58e) ; 4. Sandra Rabier (Corson, 68e) ; 5. Assa Koïta ; 6. Laëtitia Grand ; 7. Manon André (Diallo, 68e) ; 8. Safi Ndiaye ; 9. Yanna Rivoalen (Yahé, 73e) ; 10. Aurélie Bailon ; 11. Laëtitia Esteve ; 12. Lucille Godiveau (Agricole, 40e) ; 13. Sandra Metier ; 14. Laurelin Fourcade ;15. Audrey Parra. Remplaçantes : 16. Joanna Sainlo ; 17. Lise Arricastre ; 18. Christelle Chobet ; 19. Lénaïg Corson ; 20. Coumba Diallo ; 21. Marie-Alice Yahé ; 22. Clémence Rousseau ; 23. Sandrine Agricole. Concours Sportiva EuroBasket Women 2013 : : question 3/3 du 13 juin; un pack de 2 places à gagner pour l’après-midi du 23 juin au Vendéspace (2 matches du 2e tour à 14h00 et 16h30 : D2-C3 et C2-D3) / Répondre à cette question : Quel est le poste de prédilection de Céline Dumerc, capitaine des Braqueuses ? Réponse à envoyer à : concours-eurobasket-women@sportiva-infos.com.

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Rugby

Comment s'extirper (de justesse) des griffes des Eagles

Envoyé spécial à Oxnard (Californie) pour Sportiva-infos, Maurin Picard.

Quatre jours après un premier revers 13-10, l'équipe de France de rugby en tournée en Californie a pris sa revanche sur son homologue américaine, la nuit dernière à Oxnard, non loin de Los Angeles. Récit d'un match par comme les autres, remporté par les Bleues au prix d'une incroyable fin de match... qui a allègrement débordé sur le coup de sifflet final.

Si vous cherchez un lieu tranquille dans les montagnes de Californie, un oasis de verdure loin de la fureur et du bruit, alors Oxnard, à 80km sur la côte au nord-ouest de la Cité des Anges (Los Angeles), est pour vous. Si vous cherchez un endroit pour organiser un match de rugby international féminin entre les Etats-Unis et la France, alors peut-être passerez-vous votre chemin, à moins de goûter le farniente environnant et l'extrême gentillesse des (...)

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