SPORTIVA

Le sport au féminin

    0

    • 2014-08-04 00:00:00
    • ALPINISME : LE DÉFI HIMALAYEN ET LES DÉCOUVERTES DE NATHALIE LAMOUREUX
    • Autour du sport
    • voir
    • Parvenir sur le "Toit du monde" nécessite courage, détermination, moyens financiers et une bonne dose de chance, que l’on soit alpiniste invétéré ou totalement amateur comme Nathalie Lamoureux. Dans le livre, paru en mai dernier, dont elle est l’auteure, elle raconte cette quête qui habite les personnages les plus improbables et qui l’a accompagnée pendant 5 ans. Jusqu’à la réussite. Itinéraire d’une volonté et observation d’un phénomène de société « L’Everest à la folie » (Éditions Guérin) est un livre simple et efficace sur un monde de barjots. Compte-rendu. Article de 5 417 signes. Accessible aux abonné-e-s. Voir les tarifs et les procédures d’abonnement sur l'espace "Tarifs et Abonnements". «L’Everest n’est ni un graal, ni un désir enfoui. (…). Son ascension est pourtant devenue une obsession, ce vers quoi ont tendu tous mes efforts depuis cinq ans. » Il est certain que ces courtes phrases, proposées dès la page 15, contribuent à se demander par quels cheminements mentaux l’accès, au péril de sa vie et de ses économies, à cette plateforme de rien du tout perchée à plus de 8 000 mètres, devient un but dans la vie. Cette aventure au sens complet, puisqu’on n’en connaît pas l’issue et que celle-ci peut être tragique, est devenue le moteur d’une partie de la vie récente de Nathalie Lamoureux, par ailleurs journaliste au Point et, surtout, doit-on souligner, sportive totalement amateur. « Je n’ai jamais prétendu faire du sport un but et une passion » apprend-on ainsi à propos de l’auteure, dans l’avertissement proposé par l’éditeur en 2e de couverture. Distinguer la courbure de la terre Et pourtant elle y est parvenu, là-haut ! Même si les obstacles, les contre-temps, les doutes, les risques ont jalonné ce pan de vie jusqu’à cette consécration, toute personnelle, de 45’ de présence sur le sommet enfin vaincu, en mai 2013. « Mon regard embrasse le panorama. Google earth en live. Une vue à 360° avec des centaines de sommets écrasés par la perspective. Pas l’impression d’être sur quelque chose d’exceptionnel, mais la sensation d’un aboutissement. Il est 11 heures et le spectacle n’est pas aussi réussi qu’au lever du jour. En contrebas, une mer de nuages bouche la vue, mais on peut distinguer la courbure de la terre. Le soleil tente de s’imposer, mais il est constamment balayé par un grand panache blanc qui s’étire à l’infini dans le ciel, avant de s’enrouler comme une écharpe autour de nous. Les masques relévés nous avons le sommet pour nous tout seuls.» Obtenir le sommet n’est pas possible sans sacrifices mais peut-être et surtout sans sherpa. Le témoignagne de Lamoureux rend aussi hommage à ces ouvriers de l’ascension vers le toit du monde, sans qui aucun ‘occidental’ ne parviendrait à ses fins. L’auteure donne quelques chiffres pour situer la difficulté de l’entreprise et son absolue symbiose avec la population locale : « «Il y a un sherpa ou deux par client » précise-t-elle Business et people partout Ce livre, que l’on peut voir aussi comme l’autobiographie minimaliste d’une ‘summiter’, découvre aussi l’ampleur d’un négoce qui est évaluée à 9 milions d’euros annuels selon le ‘National Geographic’. En reprenant le fil historique de cette ascension tant de fois fantasmée, Lamoureux nous rappelle que « (…) Par an cela donne une moyenne de 800 tentatives pour cinq cents réussites, sherpas inclus. » Au total, dans la jeune histoire de ce défi si particulier, ce sont 15 000 personnes qui ont tenté l’affaire pour 4 000 réussites et 220 décès. Et l’on en vient là, à suivre la plume de Lamoureux et à découvrir ce qui est aussi l’une de ses motivations ou, tout du moins, l’un de ses intérêts déclarés : l’observation de ces personnages décalés, imprévisibles, apparemment si peu faits pour ce genre de quitte ou double, mais avant tout candidats à une gloire très égocentrique autant qu’éphémère, via l’Everest. Une loupe qu’elle avait déjà posée au long de son précédent ouvrage Courir de plaisir (Éditions Guérin) sur le milieu des ultrailers. Il en ressort une peinture, elliptique, mais sans concession, des individus les plus divers autant que sont diverses leurs motivations : que penser de celui qui veut atteindre le sommet en vélo, de celui qui fait aussi de l’ascension une croisade contre l’homophobie ou de ces chasseurs de records qui en viennent aux mains avec la confrérie des sherpas ? Lamoureux ne va pas au bout des questionnements que cela pose. Sans doute par humilité, parfois par charité : l’Everest et les aventures extrèmes apprennent à ce centrer sur sa propre personne, à respecter, malgré tout, la compagnie de la folie douce de chacun-e. Pourtant la page 144 interpelle sur les dégâts et les erreurs d’apprécation sur soi que cette quête démesurée parvient à créer. « Nadine paya un lourd tribut à la nature : œdème cérébral et pulmonaire, embolie pulmonaire suite à la thrombophlébite des deux mollets et thrombose veineuse rétinienne...(…) ; Jean-Paul était soulagé d’avoir encore tous ses doigts (…). Sans compter les couples qui résistent, ou pas, aux épreuves in situ ou à celles dues à la distance entre l‘un qui grimpe et l’autre qui s’angoisse… L’examen de soi Le dicton « Si tu veux connaître la vraie nature de quelqu’un emmène-le en haute montagne trouve sans doute son expression ultime avec l’Everest. Nathalie Lamoureux passe son examen de soi avec succès et sans doute même un certain brio pour qui ne fantasme pas sur le sport et l’absolu. Elle observe avec justesse la montagne perchée entre Tibet et Népal et les fous escladants qui la peuplent avec une régularité incessante. Ses observations sur le système économique et humain qui a lieu sont frappées au coin du bon sens et ses remarques sur les errements et les approximations de la préservation du lieu, et de son esprit, sonnent justes. Mais cet Himalya qui l’a changée ne lui fait pas dire beaucoup sur elle, people elle aussi finalement, au milieu de ces autres people qu’elle convoque pour les besoins de sa description au bout du compte très instructive. J.C. « L’Everest à la folie » (Édition Guérin) : 278 pages ; 13 euros ; dépôt légal mai 2014.

ACTUALITES

Autour du sport

ALPINISME : LE DÉFI HIMALAYEN ET LES DÉCOUVERTES DE NATHALIE LAMOUREUX

Texte: Jacques Cortie / Photo : édition Guérin

Parvenir sur le "Toit du monde" nécessite courage, détermination, moyens financiers et une bonne dose de chance, que l’on soit alpiniste invétéré ou totalement amateur comme Nathalie Lamoureux. Dans le livre, paru en mai dernier, dont elle est l’auteure, elle raconte cette quête qui habite les personnages les plus improbables et qui l’a accompagnée pendant 5 ans. Jusqu’à la réussite. Itinéraire d’une volonté et observation d’un phénomène de société « L’Everest à la folie » (Éditions Guérin) est un livre simple et efficace sur un monde de barjots. Compte-rendu.

Article de 5 417 signes. Accessible aux abonné-e-s. Voir les tarifs et les procédures d’abonnement sur l'espace "Tarifs et Abonnements".

«L’Everest n’est ni un graal, ni un désir enfoui. (…). Son ascension est (...)

J'achète cet article
ABONNEMENT (3 MOIS OU 1 AN)

Je suis déjà abonné-e:

ACTUS SIMILAIRES

Facebook Twitter