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Le sport au féminin

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    • 2015-01-21 00:00:00
    • MARIE MARTINOD : «LES X-GAMES, C'EST MAGIQUE»
    • Ski acrobatique
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    • SKI ACROBATIQUE. Les Winter X-Games ont débuté mercredi soir à Aspen dans le Colorado. Disputée en lever de rideau, l'épreuve du ski superpipe a été remportée par l'Américaine Maddie Bowman, sacrée pour la troisième année consécutive. Septième, la Française Marie Martinod revenait de blessure. Avant son départ pour les États-Unis, la vice-championne olympique de half-pipe s'est confiée à Sportiva dans un entretien sur sa discipline, ses dangers, ses frissons. Elle y évoque la magie des X-Games, la passion pour son sport et l'après-JO. En toute sincérité. En toute simplicité. (6729 signes) Tout d'abord, comment vous sentez-vous quelques semaines après votre blessure (entorse du genou gauche, avec lésion du ligament latéral interne) ? Cela a-t-il affecté votre préparation en vue des X-Games ? MARIE MARTINOD. Je me sens bien, ça suit son cours. Le timing est serré mais les choses en rééducation se sont bien passées. Bien sûr, cela a changé ma préparation pour les X. Je n ai pas re-skié depuis ma blessure le 6 décembre. J'ai du concentrer mes efforts sur la muscu, et attendre la cicatrisation au moins partielle de mon ligament. Mais c'est comme ça ! Je prends ce qui vient ! Dans le ski acrobatique, le cercle infernal des blessures et rééducations, est-ce ce qu'il y a de plus lassant ? Non, ça fait partie du jeu. On en prend notre partie ! Et on apprend toujours de nos blessures, et de la cause de la chute. Et ce n'est pas propre au ski accro. Tous les skieurs ont leur lot de blessures. Avec les années et l'expérience, parvient-on à éradiquer toute peur de la chute ? Non plus, mais disons qu on prend en maturité et donc on apprend à gérer, enfin je crois... Vous rappelez régulièrement le souvenir de Sarah Burke (* 1) dans vos interviews ou sur votre site. Et, lorsque vous avez évoqué la disparition de votre ami Damien Parcot (* 2), vous avez parlé d'injustice. Ces drames vous font-il par moments haïr la montagne ? L'injustice du départ de Damien, c'est qu'il laisse 3 petits garçons, pas qu'il soit décédé en montagne. Sarah, comme Damien, comme d'autres, sont tous partis en faisant ce qu'ils aimaient. Ça me console. La montagne est reine et souveraine, on ne maîtrise jamais complètement, elle donne et elle reprend. Les X-Games à présent, comment décrire cette compétition phare à ceux qui n'ont jamais vécu cet événement ? C'est magique ! Il faut imaginer la crème des rideurs, sur des modules parfaits et des équipes d'encadrement entièrement dédiées à la réussite de l'événement. C'est un grand rendez-vous sportif, qui n'est accessible que sur invitation. Alors, faire partie du show est déjà vraiment une reconnaissance pour nous les freestyleurs ! «J'ai fait le choix du cœur» Avez-vous hésité avant de préférer les X-Games aux mondiaux organisés par la FIS au même moment en Autriche ? J'ai, depuis le mois d'avril 2014 et la découverte de ces emplois du temps conflictuels, inondé de mails les représentants des deux parties, parce que le but était dans un premier temps de ne pas avoir à choisir ! Mais rien à faire... Je le déplore. Quand j'ai compris qu'on devrait choisir, j'ai immédiatement décidé de participer aux X parce que j'ai fait le choix du cœur, le choix de participer à un contest qui me fait rêver depuis que j'ai 15 ans et où je me sens bien ! Mais le grand public aime les titres comme celui de "champion du monde", c'est un fait. Ça existe dans toutes les disciplines, donc c'est un repère. Il y a 15 ans, je devais expliquer aux gens ce qu'étaient les X, mais les temps ont changé, notamment grâce aux Games de Tignes, en France. Alors, en faisant le choix du cœur, je ne mets pas non plus en danger ma saison. Est-ce une impression où les fédérations (internationale et nationale) peinent à cultiver le show et le spectacle comme le font les organisateurs des X-Games ? Le regrettez-vous ? Faire du freestyle est une tradition chez les Américains. Faire le show est aussi dans leurs gènes. Il suffit de voir un match de basket chez eux ou un concert de Beyoncé chez nous pour s'en rendre compte ! La FIS (ndlr, fédération internationale de ski, qui organise les mondiaux) est issue d'une tradition de compétition alpine et a dû s'adapter aux nouvelles disciplines du freestyle. Ce n'est pas comparable... A ce titre, sans vos sponsors, serait-il possible de continuer une carrière sur les seules primes récoltées en compétition et sommes allouées par la FFS ? Non, pas un instant. En plus, rider avec la pression d'obligation de résultat serait terrible. Sans nos sponsors, nous ne sommes pas du tout capables de financer nos saisons. Bientôt un an après Sotchi et votre titre de vice-championne olympique, qu'est-ce qui a changé ? Et bien rien en ce qui me concerne ! Par contre, j'ai la chance depuis cette médaille de faire des rencontres que je n'aurais sûrement pas fait sans ça. C'est très excitant. «J'aime redonner du bonheur aux gens» Votre blog témoigne de beaucoup de philosophie, de franchise et de confidences sur votre quotidien de skieuse et votre vie privée. La lecture de vos posts est plaisante. A quel point cette notion de partage est-elle importante pour vous ? Ah ah... C'est gentil ! Et si c'est le partage que vous avez retenu de mes élucubrations, alors je suis rassurée ! Effectivement, je fonctionne comme cela. J'ai appris au fil des expériences que les moments partagés m'emplissent de joie et témoigner d'une expérience peut être enrichissant pour d'autres. Je crois que je suis très chanceuse de mener la vie que je mène. Alors, j'aime redonner du bonheur aux gens. Cette lueur dans les yeux de mes amis ou des personnes que je rencontre... c'est une chance ! Vous évoquez également dans vos vœux pour la nouvelle année la notion de faille comme quelque chose qui fait se battre et avancer. Dans votre carrière sportive, contre quelles failles avez-vous lutté et luttez-vous toujours ? Très bonne question... La peur de décevoir sans doute. Quelle émotion ressentez-vous en l'air, lorsque vous bravez la gravité ? Pourriez-vous vous passer à nouveau de freestyle ? C'est un état de grâce ! Une seconde suspendue, pleine de maîtrise et en même temps, emprunt d'un certain lâcher-prise. C'est un moment qui a une fin. Les belles choses ont toutes une fin n'est-ce pas ? Je m'en passerai un jour, certainement. Mais j'aurais, il faut espérer, rempli ma vie d'autres passions aussi exaltantes ! + Notes : * 1. La Canadienne Sarah Burke est décédée le 19 janvier 2012 des suites d'une chute survenue sur le pipe de Park City neuf jours plus tôt. Elle avait remporté à quatre reprises les X-Games et le titre de championne du monde en 2005. * 2. Damien Parcot était le médecin des équipes de France de freestyle. Il est accidentellement décédé lors d'une ascension dans les Alpes, en septembre 2014.

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MARIE MARTINOD : «LES X-GAMES, C'EST MAGIQUE»

Propos recueillis par Christophe Lemaire. Photo : service de presse MM.

SKI ACROBATIQUE. Les Winter X-Games ont débuté mercredi soir à Aspen dans le Colorado. Disputée en lever de rideau, l'épreuve du ski superpipe a été remportée par l'Américaine Maddie Bowman, sacrée pour la troisième année consécutive. Septième, la Française Marie Martinod revenait de blessure. Avant son départ pour les États-Unis, la vice-championne olympique de half-pipe s'est confiée à Sportiva dans un entretien sur sa discipline, ses dangers, ses frissons. Elle y évoque la magie des X-Games, la passion pour son sport et l'après-JO. En toute sincérité. En toute simplicité. (6729 signes)

Tout d'abord, comment vous sentez-vous quelques semaines après votre blessure (entorse du genou gauche, avec lésion du ligament latéral interne) ? Cela a-t-il affecté votre préparation en vue des X-Games (...)

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