SPORTIVA

Le sport au féminin

    0

    • 2015-01-31 00:00:00
    • SPORT FÉMININ ET TV : LA LISTE QUI N'EST PAS MODIFIÉE
    • Médias
    • voir
    • MÉDIAS. Du côté du CSA comme du gouvernement, lorsqu'est évoquée la place du sport féminin à la télévision, s'impose très vite une proposition. La même depuis des années. Ministre après ministre. Celle de la mise à jour de la fameuse «liste d'événements sportifs d'importance majeure» qui détaille les rendez-vous qui doivent faire l'objet d'une retransmission télévisée en direct sur une chaîne à accès libre. Problème, cette liste, faussement présentée comme le recours providentiel, doit être entérinée par la Commission européenne. L'étude des textes de loi révèle un dispositif particulièrement illisible et souvent inefficace, soulevant bien d'autres problèmes législatifs. (11541 signes) Constat d'échec ou d'impuissance ? Les politiques de tout bord, qu'ils agissent à la tête du ministère en charge de la communication, de celui des sports ou des droits des femmes, se cassent les dents sur le dossier des événements d'importance majeure. En 2013, Valérie Fourneyron, alors ministre des sports, avait annoncé vouloir modifier la liste des événements sportifs d'importance majeure pour faire place au sport féminin. Une annonce devenue marronnier depuis que le sport féminin a envahi les discours politiques. Ce dispositif, mis en place par le décret n°2004-1392 du 22 décembre 2004, impose au diffuseur ayant acquis des droits exclusifs de retransmission pour certaines compétitions de permettre l’accès du plus grand nombre à ces compétitions en rétrocédant à un service de télévision à accès libre les droits de diffusion en direct. Vingt-et-un points y sont listés, concernant, outre le rendez-vous omnisports des JO, huit sports (football, rugby, tennis, F1, cyclisme, basket-ball, handball et athlétisme) : 1. Les jeux Olympiques d'été et d'hiver 2. Les matchs de l'équipe de France de football inscrits au calendrier de la Fédération internationale de football association (FIFA) 3. Le match d'ouverture, les demi-finales et la finale de la Coupe du monde de football 4. Les demi-finales et la finale du Championnat d'Europe de football 5. La finale de la Coupe de l'Union européenne de football association (UEFA) lorsqu'un groupement sportif inscrit dans l'un des championnats de France y participe 6. La finale de la Ligue des champions de football 7. La finale de la Coupe de France de football 8. Le tournoi de rugby des Six Nations 9. Les demi-finales et la finale de la Coupe du monde de rugby 10. La finale du championnat de France de rugby 11. La finale de la coupe d'Europe de rugby lorsqu'un groupement sportif inscrit dans l'un des championnats de France y participe 12. Les finales des simples messieurs et dames du tournoi de tennis de Roland-Garros 13. Les demi-finales et les finales de la Coupe Davis et de la Fed Cup lorsque l'équipe de France de tennis y participe 14. Le Grand Prix de France de formule 1 15. Le Tour de France cycliste masculin 16. La compétition cycliste "Paris-Roubaix" 17. Les finales masculine et féminine du championnat d'Europe de basket-ball lorsque l'équipe de France y participe 18. Les finales masculine et féminine du championnat du monde de basket-ball lorsque l'équipe de France y participe 19. Les finales masculine et féminine du championnat d'Europe de handball lorsque l'équipe de France y participe 20. Les finales masculine et féminine du championnat du monde de handball lorsque l'équipe de France y participe 21. Les championnats du monde d'athlétisme. Dans le détail (et en présumant qu'en l'absence de précision sur le genre visé, la compétition listée est par défaut masculine), seules six événements féminins y sont évoqués : Mondial et Euro de basket-ball, Mondial et Euro de handball, finale de Roland-Garros, demi-finale et finale de la Fed Cup. A une époque où les couvertures télévisuelle du football ou du rugby féminin étaient inexistantes, rien de surprenant. En revanche, par exemple, pas une trace de volley-ball, grand sport collectif olympique, que ce soit du côté des hommes ou des femmes. Du spectre féminin, il faut évidemment exclure les JO, où ces messieurs et ces dames bénéficient plus ou moins de la même attention télévisuelle. Idem à l'égard des championnats du monde d'athlétisme, une compétition mixte qui bénéficie de la même couverture globale. Notons l'absence de la natation, sport devenu phare seulement après le titre olympique de Laure Manaudou en 2004. Ce que reflète cette liste est la réalité, à un instant T, du paysage audiovisuel sportif et des grands événements, souvent synonymes de popularité et/ou de succès nationaux à l'international. Dès lors, ce décret est forcément dépassé, non pas uniquement à travers le prisme du sport féminin, mais à tout point de vue. La nécessité de le mettre à jouer est donc incontestable. C'est pourquoi les discours politiques se sont emparés de la question ces dernières années. Mais les pouvoirs publics dissimulent la véritable teneur de ce dossier, qui dépasse de beaucoup le simple cadre législatif hexagonal. «Notre collège a donné un avis très favorable», a pourtant répété devant les médias Olivier Schrameck, président du CSA, à l'occasion des 24 heures du sport féminin, montrant ainsi qu'on consultait en commission pour faire avancer les choses. Cet avis est à peine utile dans la mesure où le véritable enjeu réside à Bruxelles, siège de la Commission européenne. Impossible de modifier la liste sans l'aval de l'Europe Retracer l'histoire de la fameuse liste de 21 événements sportifs d'importance majeure apporte une réponse à la non-modification du décret, année après année, promesse après promesse. Tout débute en 1997 lorsqu'est votée au niveau européen une révision de la Directive «Télévisions sans frontières». Son article 3bis donne vie aux «événements d'importance majeure» censés être diffusés sur des canaux gratuits, tandis qu'un texte sur le rôle de l'«Union européenne dans le domaine du sport» appelle les pays membres à identifier les événements en question. Actuellement, huit pays étrangers (Allemagne, Autriche, Belgique, Finlande, Irlande, Italie, Lituanie, Royaume-Uni) ont établi leur propre liste. Seule l'Italie (à travers les demi-finales et finale de la Fed Cup) considère le sport féminin. Ce qui n'empêche pas, et Sportiva l'a prouvé, plusieurs pays européens d'enregistrer de francs succès d'audience lorsqu'ils diffusent du sport féminin, sans être liés par ce dispositif. En France (qui liste six événements propres au sport féminin pour rappel), le débat a fait rage entre acteurs du monde audiovisuels, fédérations sportives et pouvoirs publics. Le 30 décembre 2003, elle notifie finalement à la Commission un projet de mesures listant 21 événements. La Commission a considéré cette proposition «conforme avec les objectifs et les dispositions de la directive tels qu'ils figurent dans l'article 3bis» et ainsi donné son aval à la liste hexagonale le 11 mars, sept mois avant son adoption officielle par décret en France. Toute volonté de modifier la liste se heurte donc à l'appréciation qu'en fait l'instance européenne, beaucoup plus sensible par ailleurs aux intérêts économiques des acteurs du monde audiovisuel déjà impliqués dans le sport dans son ensemble et féminin en particulier. Ainsi, arborant la bannière du droit à l'information, des députés de la législature en place en France depuis 2012 ont établi un projet de loi affirmant : «sans aller jusqu’à remettre en cause la logique des appels d’offres pour l’obtention des droits de diffusion des programmes sportifs, le manque de représentativité de l’ensemble des disciplines sportives reste important et problématique pour de nombreuses fédérations et nombre de téléspectateurs amateurs de sports». Deux articles accompagnent ce projet : les compétitions sportives à caractère national ou international se déroulant sur le sol français doivent être diffusées de manière à ce qu'elles soient accessibles au plus grand nombre ; obligation de diffuser les rencontres sportives à caractère national ou international ou interviennent des équipes ou des athlètes français. Cette proposition remet totalement en cause l'équilibre voulu par le décret TSF et reposant sur quatre critères qui définissent ce que sont des événements de grande importance : l'événement en question doit fédérer un public plus large que celui qui est traditionnellement concerné, il participe de l'identité culturelle nationale, il implique l'équipe nationale dans le cadre d'une manifestation d'envergure, et fait traditionnellement l'objet d'une large audience télévisée. Dernière faille, vérifiée par les faits. Le processus de rétrocession des droits entre une chaîne payante ayant acquis en amont les droits de diffusion et une autre grauite rencontre fort logiquement des couacs. A trois reprises depuis l'instauration du dispositif (en handball et en basket) il n'y a pu avoir d'accord entre les deux parties. Non pas parce qu'elle ne respectait pas la loi. Mais parce que les chaînes gratuites sous-estimaient leur offre ou ne faisaient tout simplement pas d'offre. De l'inutilité de mettre à jour la liste Alors, concrètement, quels événements ajouter à cette liste ? La Coupe du monde féminine de football ? La finale de la Ligue des champions de football ? La finale de la Coupe de France de football ? Les matchs de l'équipe de France au Tournoi des Six Nations de rugby ? La finale du championnat de France de rugby ? Même s'il est à noter objectivement que les deux derniers éléments ne remplissent pas les conditions établies par la directive TSF, un constat s'impose : il n'est pas nécessaire d'inscrire dans le marbre l'obligation de retransmission de ces événements, sinon sa gratuité, quitte à handicaper les chaînes à péage ayant investi en amont. Ainsi, cette année 2015, la Coupe du monde de football sera diffusée dans son intégralité sur Eurosport tandis que W9 retransmettra les matchs des Bleues (Direct 8 l'avait déjà fait en 2011). Pour la Ligue des champions, Eurosport et D8 (ex-Direct 8) remplissent ce rôle depuis plusieurs années déjà, sans attendre la finale jusqu'où l'Olympique lyonnais s'est glissé ces dernières saisons. Pour les Six Nations, France Télévisions monte en puissance depuis 2012. Des progrès peuvent être réalisés, mais les audiences, l'organisation, le public et les annonceurs ne peuvent pas être négligés. En 2015, la finale du Top 8 sera retransmise sur le groupe audiovisuel public. Une première. Autant d'indices qui montrent les limites de la fameuse liste car les acteurs du monde télévisuel n'ont pas attendu le réveil des politiques pour investir dans le sport féminin. En 2008, la Cour des comptes elle-même, dans une étude intitulée «L'État et les fédérations sportives face aux mutations du sport» identifiait déjà les failles du dispositif. Le «seul mécanisme de régulation» représenté par cette liste était présenté comme étant «peu efficace», et «limité dès lors qu'il ne porte que sur 21 événements». Il reconnaissait surtout, dans un passage à méditer, que «le sport télévisuel est essentiellement un marché économique ouvert où la compétition est féroce, et que les chaînes ne recherchent que les disciplines susceptibles de générer une audience conséquente. [L'étude] estime pourtant que, dans une société ouverte, où les règles de la concurrence régissent pour une grande part le sport professionnel, l’Etat ne saurait intervenir dans les rapports commerciaux entre acteurs économiques.» Eurosport, France Télévisions, Ma Chaîne Sport et D8, acteurs majeurs à divers degrés du sport féminin télévisé depuis plusieurs années, ne peuvent que partager cette observation finale. Ch.L.

ACTUALITES

Médias

SPORT FÉMININ ET TV : LA LISTE QUI N'EST PAS MODIFIÉE

Texte : Christophe Lemaire. Montage photo : Sportiva.

MÉDIAS. Du côté du CSA comme du gouvernement, lorsqu'est évoquée la place du sport féminin à la télévision, s'impose très vite une proposition. La même depuis des années. Ministre après ministre. Celle de la mise à jour de la fameuse «liste d'événements sportifs d'importance majeure» qui détaille les rendez-vous qui doivent faire l'objet d'une retransmission télévisée en direct sur une chaîne à accès libre. Problème, cette liste, faussement présentée comme le recours providentiel, doit être entérinée par la Commission européenne. L'étude des textes de loi révèle un dispositif particulièrement illisible et souvent inefficace, soulevant bien d'autres problèmes législatifs. (11541 signes)

Constat d'échec ou d'impuissance ? Les politiques de tout bord, qu'ils agissent à la tête du (...)

J'achète cet article
ABONNEMENT (3 MOIS OU 1 AN)

Je suis déjà abonné-e:

ACTUS SIMILAIRES

  1. MÉDIA : AGRÉMENT CPPAP RENOUVELÉ POUR SPORTIVA-INFOS

  2. LES PLUS IMPORTANTES ARCHIVES MONDIALES DU SPORT FÉMININ !

  3. AUX ORIGINES DE LA MÉDIATISATION DU RUGBY

  4. LE MENSUEL DU SPORT n°6 : ALLISON PINEAU EN COUV' ET TOUTE L’ACTU SPORTIVE

  5. LE MENSUEL DU SPORT n°6 : ALLISON PINEAU EN COUV'

  6. LE MENSUEL DU SPORT n°6 : DU SPORT EN COUV' ET À L'INTÉRIEUR

  7. DU SPORT EN COUV' ET À L'INTÉRIEUR !

  8. LE MENSUEL DU SPORT: N°6, LE POINT CULMINANT !

  9. LE MENSUEL DU SPORT N°5: AU COEUR DE LA MACHINE A GAGNER DE L'OL...

  10. Le Mensuel du Sport n°5 de mai est paru

  11. LE MENSUEL DU SPORT N°4 : VARIÉTÉ ET DENSITÉ

  12. LE MENSUEL DU SPORT n°2 : ENCORE PLUS BEAU, TOUJOURS PLUS SPORT !

  13. LE MENSUEL DU SPORT EST EN VENTE !

  14. LA UNE DE L’ÉQUIPE DISSÉQUÉE SUR UNE ANNÉE PAR SPORTIVA

  15. CSA ET SPORT FÉMININ (2/2): FAITS ET ANALYSES par SPORTIVA

  16. CSA ET SPORT FEMININ (1/2): ENTRETIEN AVEC NATHALIE SONNAC

  17. SEMAINE SPÉCIALE | AVEC SPORTIVA-INFOS, LES SPORTIVES ONT TOUJOURS LA PAROLE !

  18. SEMAINE SPÉCIALE | FOCUS SUR LES NOUVELLES PRATIQUES ET LES SPORTS CONFIDENTIELS...

  19. SEMAINE SPÉCIALE | FOCUS SUR LES RÉVÉLATIONS ET LES INFOS EXCLUSIVES

  20. SEMAINE SPÉCIALE | FOCUS SUR NOTRE SUIVI DES SPORTS CO

  21. SEMAINE SPÉCIALE | MÉDIAS ET COMMUNICATION SCANNÉS PAR SPORTIVA

  22. LA MÉDIATISATION DU SPORT FÉMININ C’EST ICI !

  23. PLUS DE 19 % DE SPORT FÉMININ À LA TÉLÉ

  24. QUELLES AUDIENCES POUR LE SPORT FÉMININ À LA TÉLÉ ?

  25. SPORT FÉMININ ET TV : QUI VEUT DU MILLION D'EUROS ?

  26. SPORT FÉMININ ET TV : PETITS ARRANGEMENTS ENTRE AMI-E-S

  27. ENQUÊTE SPORTIVA 2014: 15,5% DE SPORT FÉMININ À LA TÉLÉ

  28. LANCEMENT DE SPORTIVA-LATINA

  29. DOSSIER : EUROPE ET MEDIATISATION DU SPORT FEMININ (3/3)

  30. DOSSIER : ÉCLAIRAGES SUR UN PURE PLAYER DU SPORT FÉMININ (2/3)

  31. DOSSIER: INTERNET A LA POINTE DU SPORT FEMININ (1/3)

  32. DOSSIER TV (3/3) : L'ŒIL EXPERT DE VINCENT ROUSSELET-BLANC

  33. DOSSIER TV (2/3) : LE SPORT FÉMININ, PROGRAMME COURT

  34. DOSSIER TV (1/3) : L'ÉQUIPE 21, LA DIVERSITÉ, QUELLE DIVERSITÉ ?

  35. DESPORTS: TRAITEMENT CHIC DU SPORT

  36. MCS MONTE AU FILET

  37. TV8 MONT-BLANC: LES PARALYMPIQUES EN PLEINE LUMIÈRE

  38. SPORTIVA-INFOS : MÉDIATISATION RÉUSSIE DU SPORT FÉMININ

  39. « TRACE SPORTS » PISTE LES CHAMPIONNES

Facebook Twitter