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Le sport au féminin

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    • 2015-05-15 00:00:00
    • VALERIE ADAMS, AD VITAM MATERNAM
    • Athlétisme
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    • ATHLÉTISME. Star du lancer du poids, et désormais star de l'athlétisme mondial. A 30 ans, Valerie Adams atteint la renommée due à son rang et à son palmarès. Double championne olympique, quadruple championne du monde en plein air, invaincue depuis 2010, la Néo-Zélandaise est l'une des reines du sport. Alors que débute la saison internationale d'athlétisme, récit d'une carrière hors normes élaborée pour servir deux raisons de vivre : rendre hommage à celle qui lui a tout donné, sa mère, et devenir, à son tour, un modèle. (9230 signes) Quel est le point commun entre Renaud Lavillenie et Valerie Adams ? Bien d'innombrables médailles d'or récoltées lors des mêmes championnats… Certes, mais c'est un peu facile. En fouillant un peu, on distingue un élément qui ne trompe pas et en dit long sur le nouveau statut de la lanceuse de poids néo-zélandaise. Avec le perchiste français, Adams a été choisie il y a quelques jours par l'IAAF, l'instance suprême de l'athlétisme planétaire, pour répondre aux questions de la presse internationale lors d'une de ces fameuses téléconférences par téléphone à l'aube du lancement de la Diamond League, millésime 2015. Valerie Adams associé à Lavillenie, le recordman du monde de la perche, nouvelle star bis de l'athlétisme derrière Son Altesse Usain Bolt. L'initiative est tout sauf hasardeuse, car la Kiwi est bel et bien devenue la tête d'affiche de l'athlétisme mondial, catégorie gent féminine. Ce journaliste néo-zélandais qui publia l'article «Young Amazon» le 1er mars 2001 dans les colonnes de The Press, le quotidien de Christchurch, troisième ville de l'archipel, s'était donc planté royalement. Il voyait alors en l'athlète de 16 ans la nouvelle Beatrice Faumuina, discobole, immense star sur ses terres, l'unique Néo-Zélandaise championne du monde (titrée en 1997). Quatorze ans plus tard, après coup, il est vrai que le comparatif paraît bien déséquilibré. Et nulle surprise. Pleine d'aplomb et débordant d'ambition, la gamine, qui mesurait déjà 1m95, pesait 125kg et chaussait du 50, avait prévenu notre confrère : «Je n'ai même pas envie d'écouter les gens faire de moi la prochaine Beatrice. Je suis une athlète en devenir, pas une autre Beatrice. Elle a son parcours, j'ai le miens.» La femme qui ne perd jamais Ce chemin, c'est celui de «la femme qui ne perd jamais». Un surnom acquis concours après concours, lancer après lancer, depuis le 18 août 2010 et la dernière défaite en date de la Néo-Zélandaise. C'était en Suisse. C'était à Zurich, en Diamond League, sur l'aire de lancer du mythique stade Letzigrund. C'était aux dépens de la Biélorusse Nadzeya Ostapchuk, tricheuse notoire, dopée avérée et déchue, après contrôle positif, de deux titres, l'or mondial en 2005 et le sacre olympique en 2012... Ce dernier revient finalement à Valerie Adams, initialement médaillée d'argent. Ce deuxième couronnement olympique consécutif, aussi gâché soit-il, est l'une des 56 victoires alignées par la lanceuse de poids en près de cinq ans. A défaut de pouvoir briguer un jour le record du monde (sujet à controverse, Union soviétique oblige) de Natalya Lisovskaya (22,63 m), Adams (dont le record s'établit seulement à 21,24 m) détient ou co-détient un nombre record de titres olympiques (2), mondiaux (4 en plein air, 3 en salle) ou de succès en Diamond League (24). Pas de quoi la lasser… «On s'entraîne tous les jours pour gagner, note-t-elle dans une interview accordée l'an passé au journal écossais The Herald. Qui n'aimerait pas gagner ? Quelqu'un m'a demandé une fois si j'en avais pas marre… Si c'était le cas, j'aurais déjà arrêté ma carrière.» Celle-ci a débuté alors qu'elle était adolescente, dans un environnement familial dense puisque son père, Sydney, a eu, dit-on en Nouvelle-Zélande, 21 enfants issus de plusieurs ménages. Tous sont à l'image du patriarche, anglais : des géants. Rien d'étonnant en constatant que six de ses fils ont porté le maillot des Tall Blacks, la sélection nationale de basket, comme Steven, 2m13, actuellement en NBA, la prestigieuse ligue professionnelle nord-américaine. Dans la richesse affective de l'amour maternel, mais dans la pauvreté matérielle, Valerie grandit auprès de ses frères et sœurs, et de Lilika, sa maman, Tonguienne. Avec sa progéniture, elle s'est installée à Mangere, près d'Auckland, suite à son divorce avec «Sid». La vie n'est pas facile pour les cinq membres du foyer, comme l'athlète le confie au journal suisse Le Matin en 2011 : «Quand on avait cinq chips sur la table, on prenait chacun la sienne et on la suçait pendant vingt minutes pour vraiment savourer. Même un petit truc au chocolat, c’était rare.» Lilika, ad vitam æternam A cette misère s'ajoute pour l'adolescente un gabarit à assumer alors qu'elle toise à 1m93 à seulement 12 ans. Le sport lui apporte néanmoins réconfort et paix intérieure. Collectif d'abord (basket, rugby, volley), puis individuel (athlétisme) à travers les lancers... tous les lancers. Lilika, mère dévouée, sacrifie quelques dollars pour lui permettre de s'épanouir via ces activités. Leur relation est des plus proches, la fierté de l'une, Lilika, répondant à l'icône et l'héroïne du quotidien perçue par Valerie qui, à 15 ans, catapulte le disque, le poids et le marteau comme aucune Néo-Zélandaise de son âge et bien au-delà jusqu'à présent. Début 2000, elle égale le record national du poids des moins de 18 ans jusqu'alors détenu par Faumuina et se qualifie ainsi pour les mondiaux juniors prévus à Santiago du Chili à l'automne. Elle ne sera pas en capacité d'y être, bouleversée par la récente disparition de sa mère. Au Dominion Post, le quotidien de Wellington, la capitale, elle raconte en 2008 ces quelques heures bouleversantes passées au chevet de Lilika, à l'hôpital d'Auckland : «Nous regardions la cérémonie d'ouverture des Jeux de Sydney et je me souviens m'être dit : "Un jour, j'y serai." Le lendemain matin, ma mère était partie. Et à ce moment, ça m'a frappé, j'ai pensé : "Je veux y être."» Le sport et la réussite à travers l'athlétisme constitueront un hommage permanent. Ce qu'elle confirme en 2003 à l'hebdomadaire kiwi The Sunday Star-Times. «Je n'ai qu'un seul mentor, c'est ma mère. J'ai toujours une photo d'elle avec moi. Je parle d'elle à tout le monde. Elle est ma vie, mon monde, elle est tout pour moi, et chaque fois que je lance en compétition, c'est toujours pour maman.» C'est une autre figure maternelle qui lui permet d'accomplir cette promesse intime : l'ancienne lanceuse de javelot Kirsten Hellier. Cette dernière, devenue entraîneure, avait repéré l'immense potentiel de Valerie Adams à l'occasion d'une compétition scolaire quelques mois avant le drame familial, et avait su la convaincre de préférer l'athlétisme au basket. En 1999, elle l'a prend sous son aile. «Son physique est son plus gros atout, souffla-t-elle. Elle a une stature incroyable, de longues jambes, de longs bras. C'est presque génétique. Elle est faite pour le lancer.» Banco ! Le fameux parcours propre à Valerie Adams (Valerie Vili après son mariage en 2004 avec un lanceur néo-calédonien) ne connaît presque pas de résistance : titre mondial jeunes en 2001, titre mondial juniors en 2002, premiers mondiaux seniors à Paris en 2003, premiers JO l'année suivante à Athènes… 17, 18, 19 et bientôt 20 mètres en 2006. Elle fait sien le record national, s'approprie le record d'Océanie, est médaillée aux mondiaux en 2005 (de bronze, puis d'argent suite au déclassement d'Ostapchuk), remporte les Jeux du Commonwealth en 2006, sa première grande victoire. Dès 2007, elle prend les rênes de la discipline. Depuis, résumons ainsi les choses : hormis la Diamond League et l'or mondial en salle en 2010, son annus horribilis, celle de son double divorce, avec son époux et Kirsten Hellier, elle a remporté tous les titres présentés à elle. Sa domination, seulement contestée à l'aide du dopage, est sans partage. En 2014, elle a poursuivi ce récital, en dépit des blessures et d'un corps traumatisé par tant d'efforts au fil des années. Opérée ces derniers mois du genou, puis du coude et de l'épaule, l'athlète IAAF de l'année 2014 a conscience d'embrasser la dernière partie de sa carrière, celle qui doit l'amener à l'objectif ultime : un troisième sacre olympique à Rio de Janeiro en 2016. «Rio, c'est le final, mon but final, a-t-elle confié lors de la téléconférence de l'IAAF. Les gens se demandent ce que je ferai après, mais je ne sais pas et je ne veux pas y penser.» Récemment également, elle a confié toute son admiration pour Noma, sa grand-mère installée aux États-Unis, qui lutte à son tour contre un cancer. Le courage qu'elle a puisé dans le décès de Lilika, Valerie le retrouve dans ce nouveau combat contre la mort. Face à la maladie de ses proches, la lanceuse de poids a toujours relativisé tout le reste. On comprend mieux pourquoi l'œuvre de sa vie, considère-t-elle, n'est pas la victoire, mais l'exemple donné. «J'ai toujours dit que si je pouvais inspirer une personne, je pourrais mourir heureuse, a-t-elle confié au quotidien The New Zealand Herald. Si je peux permettre à une personne de changer sa vie et la lui rendre meilleure, pas nécessairement à travers le sport, alors je peux vous dire que je serais heureuse de mourir et que j'aurais fait mon travail.» Ch.L.

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VALERIE ADAMS, AD VITAM MATERNAM

Texte : Christophe Lemaire. Photo : IAAF Diamond League.

ATHLÉTISME. Star du lancer du poids, et désormais star de l'athlétisme mondial. A 30 ans, Valerie Adams atteint la renommée due à son rang et à son palmarès. Double championne olympique, quadruple championne du monde en plein air, invaincue depuis 2010, la Néo-Zélandaise est l'une des reines du sport. Alors que débute la saison internationale d'athlétisme, récit d'une carrière hors normes élaborée pour servir deux raisons de vivre : rendre hommage à celle qui lui a tout donné, sa mère, et devenir, à son tour, un modèle. (9230 signes)

Quel est le point commun entre Renaud Lavillenie et Valerie Adams ? Bien d'innombrables médailles d'or récoltées lors des mêmes championnats… Certes, mais c'est un peu facile. En fouillant un peu, on distingue un élément qui ne trompe pas et en dit long sur le (...)

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