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Le sport au féminin

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    • 2015-07-05 00:00:00
    • QUAND DIBABA FLINGUE AYANA
    • Athlétisme
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    • ATHLÉTISME. On attendait un gros 5000 m samedi soir au Stade de France. Un montage d'une précision horlogère devait mettre dans les conditions parfaites l'Éthiopienne Almaz Ayana pour effacer les 14'11''15 inscrits sur les tablettes en juin 2008 par Tirunesh Dibaba… Mais la petite sœur de cette dernière, Genzebe Dibaba, en a décidé autrement. De leurs côtés Shelly-Ann Fraser-Pryce et Caterine Ibargüen, respectivement sur 100 m et au triple saut, elles, ne laissaient pas de chance à la concurrence et écrasaient à nouveau leur spécialité. Comme prévu et tout sourire. Retour sur un meeting passionnant où sport, show et inimitiés étaient au rendez-vous… (6785 signes) Selon l'expression consacrée, ces deux là ne passeront pas leurs vacances ensemble. A tour de rôle et en l'espace de 24 heures, chacune a flingué l'autre… Le 5 000 m : une histoire éthiopienne Le montage d'une course, pour qu'un record du monde soit au bout, relève d'un cycle de négociations assez touffu où la transparence n'est pas forcément plus présente que pour les discussions entre l'Eurogroupe et la Grèce. C'est dire. Les données semblaient pourtant très claires vendredi après-midi lors de la conférence de presse de Laurent Boquillet, l'organisateur du meeting : «L'accord auquel nous sommes arrivées entre les 2 fondeuses, leurs agents et nous, est le suivant : elles partent sur une base de 68 secondes le tour, emmenées par les lièvres et ce jusqu'aux 2200 m. Puis, les deux Éthiopiennes prennent les rênes et se relaient chaque 400 m jusqu'aux 3800 m.» La course devenant alors chacune pour soi. Dans l'ordre des conférences de presse, Genzebe Dibaba et Almaz Ayana devaient se présenter ensuite ensemble devant la presse. Seule la 2e nommée le fit. Et l'on a tout de suite mieux compris pourquoi en l'écoutant dézinguer le deal : «Pas entendu parler de cet accord. De toute façon, moi je cours en tête. Il faut que je mène et garde mon rythme pour faire une performance.» Rideau sur un vendredi contrasté. Restait à vivre la course, que l'organisateur avait placé à 21h32, le plus tard possible, et juste avant le 100 m hommes, afin de jouer sur un peu plus de fraîcheur et surfer sur l'intérêt de ce mano a mano inédit, pour voir de quoi tout cela allait accoucher. Il y eut cependant avant l'explication sportive une scène surréaliste. Show et ambiance obligent. Sur le coup de 20h00, et avant que ne débutent les courses et les concours vedettes, toutes les têtes d'affiche ont été présentées au public lors d'un défilé d'une dizaine de 2 CV décapotables. Et devinez où étaient les deux Éthiopiennes ? Dans la même voiture vintage. Parfaites dans leur rôle de princesses du fond et saluant à gauche et à droite la foule (41112 spectateurs). Mais sans se parler, évidemment. La course, elle, a fait exploser l'éventuelle alliance pour faire tomber le record. La faute aux lièvres d'abord, la Kényane Irene Jelagat et l'Ukrainienne Tamara Tverdostup. Au bout de 1000 m, le rythme était déjà en dessous des bases d'un record. Les deux candidates à donner au meeting son premier record du monde ont alors pris les choses en main. Enfin, surtout Almaz Ayana, qui a mené la danse dans le bon tempo et remis sur les rails de l'éventuel record les deux coureuses. Sauf que, 2e contrariété, Genzebe Dibaba n'a pris aucun relais. Elle restait dans le sillage de sa compatriote. Puis, très précisément à la cloche, elle plaçait une attaque cinglante et mettait sur l'accélération 20 mètres à Ayana qui restait sans réaction. Portée par le public, Dibaba poursuivait son cavalier seul, mais échouait de peu. Son temps de 14'15''41 constitue quand même le record du meeting et son record personnel (précédemment en 14'19''76). Autant dire que la zone mixte, là où l'on approche les athlètes et où l'on peut recueillir leurs réactions, s'annonçait assez coquine. Mais une nouvelle scène surréaliste était proposée : Dibaba n'a pas souhaité passé devant les télévisions et a choisi de filer tout de suite au contrôle anti-dopage. On l'a alors coincée, pour s'entendre dire : «Je suis très contente.» Sans que l'on sache vraiment de quoi : de son temps, du tour assez pendable joué à sa compatriote… Pendant ce temps, Ayana était à quelques mètres, seule, perdue dans ses pensées. Inaccessible puisque ne parlant pas anglais, mais disponible quand même : elle accepte pour Sportiva de poser pour une photo, sourit assez tristement, regarde un peu hagarde l'effervescence autour de sa rivale… L'inimitié entre les deux reines actuelles du 5 000 m est encore montée d'un cran au Stade de France. Les championnats du monde, en août à Pékin, vont être assez croquignolesques à suivre alors qu'elles courront sous le même maillot et, normalement, pour les intérêts de leur pays… Le 100 m, une histoire jamaïquaine Il faudra bien qu'un-e spécialiste du psycho-social appliqué au sport nous informe de la capacité qu'ont les sprinteurs et sprinteuses jamaïquains à passer du tout sourire, avant de caler leurs pointes dans les starting-blocks, à l'extrême concentration d'une course internationale, une fois sous les ordres du starter. Shelly-Ann Fraser-Pryce est une sorte de boute-en-train qui salue et explose tout le monde en l'espace de 30 secondes. Ce samedi soir, la petite bombe, par ailleurs triple championne du monde et double championne olympique sur la distance, a dépossédé en 10''74 la meilleure performance de l'année que détenait l'Américaine English Gardener en 10''79. Du même coup, Fraser-Pryce reprend à Marion Jones le record du meeting que la coureuse dopée détenait depuis le 29 juillet 1998 en 10''88. Fraser-Pryce, à nouveau souriante après sa ligne droite, expliquait : «Je pense que j'ai encore une marge de progression dans ma technique au niveau du départ. Je ne suis pas satisfaite par mon temps de réaction ce soir...» Ça promet. Le triple saut, une histoire Colombienne Vendredi, veille du meeting, Caterine Ibargüen disait elle aussi tout sourire : «Je me prépare pour sauter 15 mètres.» Elle n'a bondi qu'à 14,87 à son 4e essai, mais ce fut suffisant pour remporter le concours et rester ainsi en tête du classement de la Ligue de Diamant 2015. Elle échoue cependant dans son désir de ravir la meilleure performance de l'année à sa rivale actuelle, la Russe Yekaterina Koneva, qui a triple-sauté à 15,04 m le 30 mai dernier à Eugene (États-Unis), mais qui est restée scotchée, au Stade de France, à 14,72, pas si loin de la Colombienne. Mais derrière. L'athlète, originaire de la ville d'Apartado maintient sa domination sur le triple saut. Et ne se départit pas de son sourire. À la question d'un journaliste, tendance people, qui lui demandait : «Et comment vous feriez pour séduire un Parisien ?», la Colombienne a répondu : «Avec un grand sourire, je supposeJ.C. au Stade de France

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QUAND DIBABA FLINGUE AYANA

Texte : Jacques Cortie au Stade de France (Photo : Sportiva-infos)

ATHLÉTISME. On attendait un gros 5000 m samedi soir au Stade de France. Un montage d'une précision horlogère devait mettre dans les conditions parfaites l'Éthiopienne Almaz Ayana pour effacer les 14'11''15 inscrits sur les tablettes en juin 2008 par Tirunesh Dibaba… Mais la petite sœur de cette dernière, Genzebe Dibaba, en a décidé autrement. De leurs côtés Shelly-Ann Fraser-Pryce et Caterine Ibargüen, respectivement sur 100 m et au triple saut, elles, ne laissaient pas de chance à la concurrence et écrasaient à nouveau leur spécialité. Comme prévu et tout sourire. Retour sur un meeting passionnant où sport, show et inimitiés étaient au rendez-vous… (6785 signes)

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