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Le sport au féminin

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    • 2015-12-04 00:00:00
    • AUDREY PRIETO : « LES CHAMPIONNES SONT SOUS-UTILISÉES ! »
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    • AUTOUR DU SPORT. Vice-présidente de l’US Métro Omnisports, l’ex-championne du monde de lutte, Audrey Prieto est candidate sur la liste du Front de Gauche à Paris pour le scrutin des régionales (6 et 13 décembre). Elle détaille les raisons de son nouveau combat. Pas le plus simple. (article de 6000 signes) En passant du tapis de lutte au terrain politique, Audrey Prieto, 35 ans, championne du monde de lutte libre en 2007, ne s’est pas départie de sa verve et de son entrain. Candidate «sans étiquette» aux régionales en Ile-de-France sur la liste « Nos vies d’abord » du Front de gauche, elle détaille pour Sportiva les racines et les raisons de son engagement. Quel est le sens de votre engagement en politique ? Audrey Prieto : Ce que je veux faire en présentant aux régionales, et c’est ma conception de la politique, c’est amener le citoyen d’un point A à un point B, le faire évoluer. Et puis, je ne voulais plus rester dans mon canapé à râler, je voulais agir. Voilà pourquoi je me présente sur une liste avec des candidats à l’image des Français : des profs, des cuisiniers, des avocats, des ingénieurs… Les citoyens ont besoin de gens actifs dans la vie quotidienne pour les représenter : et personnellement je me suis investie dans le domaine sportif à travers la vice-présidence de l’US Métro Omnisports mais aussi la vie professionnelle comme formatrice-sécurité à la RATP. D’ailleurs, c’est une chance d’avoir bénéficié de cette convention de sportive de haut niveau. Imaginez que sans la RATP, j’aurais eu ma première année de cotisation sociale à seulement 33 ans ! Après les Jeux Olympiques, les sportifs amateurs se retrouvent souvent au RSA. C’est aussi ça le revers de la médaille du haut niveau en France. Votre présence sur une liste du Front de Gauche est-elle liée à votre père qui était militant communiste en Auvergne ? A.P. : En partie évidemment, et il est très fier de mon engagement… Mais, je tiens à préciser que je me présente « sans étiquette ». Parce que pour moi, la politique au-delà des partis et des appartenances, ce sont d’abord des propositions et des projets. Justement, quelles sont vos propositions pour l’Ile-de-France sportive ? Bref, vous faîtes quoi si vous accédez au poste de conseillère régionale chargée des sports ? A.P : Je reviens à la base de la politique et je redonne de l’espoir, donc j’augmente les subventions liées au sport pour pouvoir embaucher davantage d’éducateurs sportifs, développer les clubs et le sport périscolaire. Plus généralement, je travaille aussi à créer un salaire minimum pour les sportifs de haut niveau et des possibilités de reconversion. C’est génial qu’il y ait des Tony Parker, des Teddy Riner, des footeux qui puissent vivre de leur sport mais il faut une redistribution plus équitable vers les autres sports. Ne laissez pas les petits sports dans la m… ! A l’Institut National des Sports, j’ai vu trop de gens qui ont fini au RSA, à ne pas savoir comment payer la pension de l’INSEP, à être à la limite de finir dans la rue. C’est aussi pour ça qu’il faut dégonfler le mirage du professionnalisme auprès des jeunes qui ne se rendent plus compte qu’il faut travailler avant de devenir un champion dans n’importe quelle discipline. Vous êtes « ambassadrice du sport » pour la région Ile-de-France, est-ce une situation que vous constatez concrètement sur les terrains de sport de la région parisienne ? A.P. : Oui, parce que les jeunes qui vont suivre une formation dans le sport, le BPJEPS (1) par exemple, je peux vous garantir qu’ils peuvent se lever de bonne heure pour trouver un job dans une ville. Alors forcément, les grands frères, les dealers qui sont à l’affut, ils ont vite fait de leur promettre une grosse voiture, de l’argent pour sortir. Donc, c’est un combat de tous les jours pour combattre la radicalisation dans les quartiers qu’il faut remettre en route. Comment faire concrètement pour inverser cette situation que vous décrivez ? A.P. : Il faut que ces jeunes qui n’osent plus lever la tête, qui n’ont plus confiance en eux, qui arrivent la tête baissée aux entretiens qu’on leur fait passer à la RATP, recommencent à bomber le torse. Nous, les champions, devons être comme des coaches, comme des entraîneurs pour ces jeunes qui n’ont plus la moindre confiance en eux. Educateurs sportifs, champions, nous pouvons, nous devons être là pour ne plus perdre des citoyens en route, parce qu’ils ont perdu confiance en eux. Alors, oui les champions, les éducateurs sportifs, nous devons être porteurs de cette génération en travaillant avec l’éducation nationale. Mais, encore une fois, il faut donner des moyens à ces éducateurs : ce n’est pas avec une heure et demie par semaine qu’ils vont pouvoir faire le boulot… Passons maintenant à une actualité récente, de quelle manière avez-vous vécu les attentats parisiens du 13 novembre dernier ? <A.P. : A ce moment-là, j’étais à Clermont-Ferrand pour le Trophée des Volcans, un très gros tournoi de lutte et des équipes ont été bloquées à la frontière, les Italiens par exemple. Ensuite, l’évènement a été annulé et la police municipale a été mobilisée pour garder la Maison des Sports. Donc, on a sacrifié le sport, le divertissement parce que la France n’a pas les moyens humains et financiers pour assumer un état de guerre. En revanche, comme après la tuerie de Charlie Hebdo en janvier, la solidarité du monde sportif s’est très vite mise en route, pourquoi à votre avis? A.P. : C’est lié, je crois, à la nature du sport de haut niveau qui peut être très ingrat. Donc, ça forge la solidarité. Mais, c’est bien que les sportifs, les sportives osent s’exprimer, ils ne le font pas assez. Certains sont aussi sous utilisés, il y a des tas de champions olympiques qui peuvent aller parler dans les écoles, qui peuvent mener des démonstrations, qui peuvent faire naître des vocations. Il faut parler à ces gamines qui me disent régulièrement : « Moi, je ne fais pas de sport parce que mon père me dit que je vais me transformer en homme… Moi, je ne fais pas de sport parce que mes frères vont me frapper… » Mais, on est en 2015 ! Il ne faut plus qu’on laisse passer ce genre de discours. Lorsque je fais des interventions dans les établissements scolaires avec ma copine du taekwondo Gwladys Epangue (double championne du monde en 2009 et 2011. NDLR), les « gamines » nous regardent avec des grands yeux lorsqu’on leur explique et qu’on leur démontre qu’on peut faire du sport en étant féminines. C’est ce qu’il faut continuer de faire : leur ouvrir les yeux ! Entretien réalisé par Fred Guston (1) Le brevet professionnel de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport

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Autour du sport

AUDREY PRIETO : « LES CHAMPIONNES SONT SOUS-UTILISÉES ! »

Texte: Fred Guston / Photo : DR

AUTOUR DU SPORT. Vice-présidente de l’US Métro Omnisports, l’ex-championne du monde de lutte, Audrey Prieto est candidate sur la liste du Front de Gauche à Paris pour le scrutin des régionales (6 et 13 décembre). Elle détaille les raisons de son nouveau combat. Pas le plus simple. (article de 6000 signes)

En passant du tapis de lutte au terrain politique, Audrey Prieto, 35 ans, championne du monde de lutte libre en 2007, ne s’est pas départie de sa verve et de son entrain. Candidate «sans étiquette» aux régionales en Ile-de-France sur la liste « Nos vies d’abord » du Front de gauche, elle détaille pour Sportiva les racines et les raisons de son engagement.

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