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Le sport au féminin

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    • 2016-05-09 00:00:00
    • HANDBALL PROFESSIONNEL FÉMININ EN FRANCE, L'ENQUÊTE (1/3)
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    • HANDBALL. Le handball professionnel féminin, à l’image du sport collectif professionnel dans son ensemble, n’est pas un long fleuve tranquille. Dans son lit se trament bien des tracas financiers et économiques. La saison 2015-2016 de la Division 1, régie par la Ligue féminine de handball (LFH), qui se termine dans quelques jours par une finale Fleury - Metz, a ainsi été marquée par les disparitions de deux clubs phares de l’élite : l’Union Bègles-Bordeaux Mios-Biganos et le Handball Cercle Nîmes. Ces deux couacs mettent-ils le championnat de France en péril, alors même que d'autres clubs sont aussi dans le rouge ? En complément à cette enquête, découvrez le modèle brestois et l'interview de Nodjialem Myaro, présidente de la LFH. (10411 signes) Le handball féminin sens dessus dessous, saison 2 ? Quatre ans après la retentissante affaire Arvor, le hand professionnel féminin français traverse une saison riche en turbulences. L’exercice 2015-2016 devait pourtant être marqué sous le sceau de la transition. En septembre dernier, pour la dernière fois, 10 clubs s’engageaient dans la bataille nationale avant le passage à 12 unités pour la saison 2016-2017, un plus large périmètre veillé de pied ferme par tous les acteurs du hand pro féminin. C’était sans compter sur deux tremblements de terre. La première secousse n’a que modérément surpris. 5 novembre 2015, après des mois à lutter pour sa survie, l’Union Bègles-Bordeaux Mios-Biganos dépose le bilan, coulé par un déficit d’environ 350000 € à la fin de la saison 2014-2015 d’après Sud Ouest. Rétrogradé en Division 2 par la Commission nationale de contrôle de gestion (CNCG) à la lumière de mauvais chiffres (qui s’avèreront sous-évalués) en mai 2015, le club girondin avait finalement été repêché, non sans contreparties, par l’intermédiaire d’une conciliation du CNOSF au mois de juillet. Le président du club, Bernard Coly, a depuis admis avoir produit des faux documents pour préserver son club lors de cette médiation. Sportivement, quinze jours avant la liquidation judiciaire de l’Union, le club déclare forfait pour l’intégralité de la saison. Il a donc subitement disparu des radars. Mais ceci n’est rien à côté de la catastrophe nîmoise tombée telle un couperet il y a deux mois. Alors 4e du championnat, le club gardois se surprend lui-même à constater un trou abyssal dans ses comptes : un déficit de près de 400000 € selon le Midi Libre, un gouffre dans un budget de 1,2 M€. Quelques heures après un succès à domicile émouvant face à Fleury, champion en titre, le HBC Nîmes se résout au dépôt de bilan le 7 mars, prémices à la liquidation judiciaire. Admettant avoir été «trop ambitieux» et avoir commis des «erreurs stratégiques», le président Bertrand Roux fait son mea culpa en conférence de presse (Midi Libre du 12 mars 2016) mais le mal est fait. En creusant le déficit dans d’incroyables proportions en seulement un an (de 57000 € à 395000 € selon nos confrères), l’expert-comptable de métier (un comble…) a conduit le club dans une impasse. Voilà donc la Division 1 amputée de deux clubs phares. L’un, l’UBB-MB, restait sur une historique victoire en Coupe d’Europe (la Coupe Challenge) et une finale en Coupe de la Ligue. L’autre, double lauréat de la même compétition continentale (2001 et 2009), restait sur une finale en Coupe de France et surtout 19 années de présence ininterrompue parmi l’élite du hand hexagonal. Les deux étaient pensionnaires de la LFH depuis sa création en 2008. Les joueuses en première ligne Outre les employés et les licenciés lambda dans les clubs concernés, les premières touchées par ce tourbillon sont les professionnelles elles-mêmes, à Mios comme à Nîmes. Dans le Gard, la faillite du club a «précipité» la fin de carrière de Julie Goïorani. Pas n’importe qui. À 27 ans, la pivot compte 57 sélections en équipe de France. Même si elle projetait d’arrêter le handball «d’ici un ou deux ans», l’internationale tricolore est l’une des victimes collatérales de ce hand féminin qui ne tourne pas rond. Cela m’a déçu, confie à Sportiva la désormais ancienne joueuse. Personne n’était au courant des difficultés du club. C’est tombé d’un coup et ça fait très bizarre. Beaucoup de gens m’ont dit que c’était un beau gâchis. Je leur dis que ce n’est pas à cause de ça que je finis ma carrière même si ma décision est précipitée par cette affaire. En tout cas, je n’avais pas envie de partir de Nîmes. J'avais des propositions ailleurs, mais ma vie personnelle est là. J’aurais bien aimé continuer un peu, mais ici et nulle part ailleurs. À présent, pour moi, c’est un peu flou. Je n’ai pas trop eu le temps de réfléchir à ma reconversion, même si j’ai fait des études dans le commerce. En tout cas, je suis forcément touchée par ce qui se passe. Quand j’y pense, c’est tout le hand féminin qui en pâtit. Je pense à toutes les jeunes notamment.» Au-delà du cas Goïorani, nombreuses sont les joueuses subitement livrées à elles-mêmes. Parmi elles, plusieurs internationales dont notamment Camille Ayglon, Blandine Dancette ou Chloé Bulleux. Cette dernière, âgée de 24 ans, a doublement souffert d’avoir débuté la saison à Mios avant de trouver une issue de secours à… Nîmes. «On a été trompées, on s'est vraiment faites avoir, avait-elle pesté en novembre dernier dans les colonnes de Sud Ouest, après les mésaventures de Mios-Biganos. On s'était toutes engagées pour la saison, avec l'envie de faire un beau parcours toutes ensemble. Tout se passait bien et d'un coup, tout s'effondre. Je suis partagée entre la tristesse et la colère.» Depuis le second choc, nîmois celui-là, Bulleux a trouvé refuge à Metz où elle s’entraîne (sans jouer) en vue des prochains Jeux olympiques alors qu’elle s’est déjà engagée dans un club hongrois pour la saison prochaine. En plus de perturber la préparation d’éléments forts de l’équipe de France, cette crise peut-elle provoquer une fuite des talents à l’étranger ? Le phénomène, récurrent depuis plusieurs années chez les internationales françaises, connaît un nouvel épisode depuis quelques semaines avec les départs annoncés sous des cieux moins troubles d’Estelle Nze Minko, Manon Houette, Audrey Bruneau, Alexandra Lacrabère ou Gnonsiane Niombla. Seul Brest, l’ambitieux champion de D2 et futur promu en puissance parvient à juguler l’hémorragie en attirant Allison Pineau (meilleure joueuse du monde en 2009) et en retenant Cléopâtre Darleux et Marie Prouvensier sur le territoire français. Les revendications ne manquent pas Comment expliquer cette tempête traversée par le handball professionnel féminin français ? «Crise de croissance», répond Nodjialem Myaro, présidente de la LFH, dont l’interview sera publiée vendredi sur notre site. De ce point de vue, les faits semblent lui donner raison puisque l’affluence moyenne augmente saison après saison, tout comme la presse et la télévision contribuent à une médiatisation en hausse. Cette saison, 15 matchs de championnat sont retransmis sur les chaînes du groupe beIN Sports, alors que les autres compétitions nationales (Coupe de France et Coupe de la Ligue), les compétitions européennes de club (Ligue des champions notamment) et l’équipe de France (Mondial, TQO…) profitent elles aussi des caméras. Sur le seul aspect télévisuel, plus de 75 matchs de handball féminin sont retransmis en France cette saison ! Le problème réside surtout dans la recherche de partenaires financiers et donc dans l’attractivité du hand féminin. D’autant plus que la fonte des subventions des collectivités territoriales s’accélère. Plusieurs dirigeants de clubs s’en sont émus et ont exprimé, à travers un courrier adressé à la fédération française par l'UPCD1F, l'Union des présidents de clubs de Division 1 féminine. Son président, Guillaume Oltra, directeur général du Fleury Loiret Handball, s’en explique. «Aujourd’hui, il n’y a pas vraiment de business qui se crée autour du handball féminin, souligne-t-il à Sportiva. Ce n’est pas une situation qu’on découvre mais nous sommes soucieux de voir comment nos clubs vont pouvoir continuer à se développer dans les années qui viennent. Tout est plus compliqué avec le sport féminin. On souffre d’un manque de médiatisation, on souffre d’un manque d’organisation. Nos premières demandes urgentes ont été débattues. À ce jour, peu de choses ont évolué. Nous sommes donc dans l’attente.» Des décisions à venir de la CNCG d’une part, mais aussi des solutions qui pourront émerger des états généraux du handball féminin français convoqués pour la fin 2016 en réponse à la missive des présidents de clubs. D’ores et déjà, un audit externe a été commandé par la fédération pour dresser un état des lieux, enquête qui doit débuter ce mois-ci et dont les conclusions seront rendues en amont aux états généraux. En tout cas, plusieurs mesures sont formulées par les clubs. Toutes vont vers l’assouplissement du cahier des charges des clubs de la LFH. Ils demandent notamment à pouvoir aligner 7 non-JIPES (joueuses issues du parcours de l’excellence sportives, des joueuses passées par un pôle Espoir ou un centre de formation, une mesure visant à encourager la formation française) sur les feuilles de match contre 4 actuellement. «Il faut des exigences, mais il faut mettre ces exigences au bon curseur, déclare Guillaume Oltra. Ne serait-ce que pour donner envie aux clubs de D2 de rejoindre la D1, car le fossé est grand. Il faut le réduire.» À ce propos, Brest, Chambray et Celle-sur-Belle sont officiellement candidats à la montée, définie non pas sur des critères sportifs mais bien sur un cahier des charges et un label «VAP» (voie d’accès au professionnalisme) attribué en début de saison. 4 autres clubs en délicatesse... Leurs dossiers, comme d’autres, sont entre les mains de la CNCG, le gendarme financier du handball français. Cette instance a la lourde charge de définir le proche avenir du handball professionnel dans l’Hexagone. Un avenir bien incertain puisque, lors de sa dernière réunion du 23 avril, la CNCG, après avoir examiné les documents fournis par les clubs de la LFH, a décidé de renvoyer quatre des huit survivants devant la commission contentieuse «au regard du non-respect du plan d’apurement en cours et/ou de la dégradation de leur situation financière». Sont concernés Besançon, Dijon, Nice et Metz. Les Lorraines, finalistes du championnat le 28 mai prochain face à Fleury… Des répliques au puissant séisme nîmois ne sont donc pas à exclure. Ch.L. DOSSIER SPORTIVA Consultez notre reportage à Brest, dont le club, champion de D2, présente un ambitieux projet qui pourrait dès la saison prochaine le conduire au sommet de la LFH. La présidente de la Ligue, Nodjialem Myaro, répond aux questions de Sportiva dans cette interview.

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HANDBALL PROFESSIONNEL FÉMININ EN FRANCE, L'ENQUÊTE (1/3)

Texte : Christophe Lemaire. Photo : HBC Nîmes.

HANDBALL. Le handball professionnel féminin, à l’image du sport collectif professionnel dans son ensemble, n’est pas un long fleuve tranquille. Dans son lit se trament bien des tracas financiers et économiques. La saison 2015-2016 de la Division 1, régie par la Ligue féminine de handball (LFH), qui se termine dans quelques jours par une finale Fleury - Metz, a ainsi été marquée par les disparitions de deux clubs phares de l’élite : l’Union Bègles-Bordeaux Mios-Biganos et le Handball Cercle Nîmes. Ces deux couacs mettent-ils le championnat de France en péril, alors même que d'autres clubs sont aussi dans le rouge ? En complément à cette enquête, découvrez le modèle brestois et l'interview de Nodjialem Myaro, présidente de la LFH. (10411 signes)

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