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Le sport au féminin

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    • 2016-05-11 00:00:00
    • HANDBALL PROFESSIONNEL : BREST, NOUVEAU MODÈLE (2/3)
    • Handball
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    • HANDBALL. Suite de notre dossier sur le handball professionnel féminin en France avec un focus sur le Brest Bretagne Handball. Champion de France de Division 2, le club breton, promis à la promotion en Ligue féminine (LFH) la saison prochaine, s’annonce déjà en nouvel épouvantail du hand national. Bâti sur les cendres de feu Arvor 29, champion de France en 2012 et pourtant rétrogradé au même moment pour raisons financières, le BBH se réclame d’un tout autre modèle de viabilité économique, par la force du mécénat, d’une flopée de partenaires privés, d’une aréna moderne et d’une large assise populaire. Alors Brest, nouveau modèle de réussite et bouffée d’oxygène pour la LFH ? Reportage. (7997 signes) Quand il crée l’événement, le sport féminin brille de mille feux. Sous le plafond de la Brest Arena esthétiquement décoré de 6000 tubes blancs suspendus, comment ne pas s’émerveiller devant le spectacle proposé ce 20 avril par le club breton ? Difficile de faire la fine bouche alors que l’enceinte dernier cri, à guichets fermés ce soir-là (environ 4200 spectateurs), vrombit devant l’exploit des joueuses de Division 2, en train d’éliminer haut la main Metz, cathédrale du hand féminin hexagonal avec ses 19 sacres nationaux en championnat et ses 7 victoires finales en Coupe de France, le tout cumulé en un quart de siècle. Difficile. Impossible. Dans la coursive du 1er étage de l’écrin breton, quelques minutes après la qualification, une bande de joyeux lurons, les plus fiers membres des Supporters du Bout du Monde (Finistère oblige) célèbre la performance du soir autour de quelques joueuses. «Vous êtes journaliste ? Ah il faut absolument parler à la n°29, interpelle Albert. Le n°29 (Finistère oblige…), est porté par Élodie Manach-Le Calvé. «Elle a l’amour du maillot, elle est tout le temps avec nous après les matchs, c’est l’âme du club !» nous dit-on. Erwan, lui, nous conseille la capitaine Stéphanie Ntsama Akoa. Comme Manach-Le Calvé, cette dernière présente la particularité d’avoir vécu les heures heureuses comme sombres de l’Arvor 29, signes que le Brest Bretagne Handball n’est pas un projet sans âme. «Je suis au club depuis que j’ai 17 ans, résume Manach-Le Calvé qui, à la différence de Ntsama Akoa, n’a pas quitté Brest depuis le naufrage en 2012. Je suis restée parce que c’est ma ville. Je suis chez moi. Je ne serais partie pour rien au monde. Et maintenant, une finale (prévue le 21 mai face à Toulon, ndlr), ça se gagne !» L'ambitieux projet des frères Le Saint Mais comment un club de handball féminin de Division 2 peut-il entreprendre et réussir le pari de remplir une telle salle et fédérer autant ? Comment surtout pourrait-il entreprendre et réussir celui de dominer l’élite nationale dès la saison prochaine, où bien, à moyen terme, de jouer un rôle en Ligue des champions ? L’insolente ascension de Brest vers le sommet fait beaucoup parler cette saison en LFH, alors que deux clubs (Mios-Biganos puis Nîmes) ont disparu en cours de championnat, emportés par d’énormes déficits. Elle fait disserter, non sans susciter quelques crispations. Le poids du passé sans doute, celui de l’ancien club local de l’Arvor 29, disparu presque corps et âme en 2012 lors du bilan déposé quelques semaines après un titre de champion de France. Même si d’un point de vue juridique le Brest BH est un lointain descendant d’Arvor (l’association du Brest Penn Ar Bed, précédent nom du BBH, a en effet hérité des droits sportifs d’Arvor, notamment le fait de repartir en Nationale 1, la 3e division nationale, dès la saison 2012-2013), le club entend faire table rase du passé. C’est pourquoi Gérard Le Saint, co-président du club, a souhaité remettre les points sur les i à travers un communiqué de presse le 14 mars dernier. «Le BBH est un club jeune avec l’envie d’apprendre et de grandir vite. Mais en regardant un peu autour, nous avons aussi pu nous rendre compte qu’on était davantage observés que l’inverse. Et pas souvent d’un œil bienveillant. Puisqu’avec mon frère Denis nous croyons énormément en ce projet, j’ai estimé bon d’apporter quelques précisions en réponse aux interrogations et surtout pour éteindre les suspicions.» Telle est, dans son introduction, la teneur du message du dirigeant qui, par A+B, dans un exercice assez rare de transparence financière, détaille l’étendue du budget du «BBH». Évalué par Gérard Le Saint à 2 M€ cette saison, il grimpera à 2,5 M€ en 2016-2017 selon le communiqué, à condition bien sûr que la Commission nationale de contrôle de gestion (CNCG) valide dans les semaines à venir le dossier brestois et par la même la montée du club parmi l’élite. Brest, un des trois clubs candidats à travers le label VAP (voix d’accès au professionnalisme), devrait sans problème franchir l’obstacle du gendarme financier de la fédération française de handball. Et si le chiffre de 2,5 M€ se confirme, Brest débarquera en LFH avec le plus gros budget du plateau, comme Metz ou Fleury. Qui plus est fort de renforts de poids, à commencer par Allison Pineau, meilleure joueuse du monde en 2009 et recrue 5 étoiles de l’intersaison. La chose est rendue possible par les structures mises en place depuis la fin 2012. «Les gens au sein du club nous ont un peu poussés, confiait à l’époque Gérard Le Saint à Ouest-France. Et puis on était un peu déçu par rapport à ce qui s'était passé en fin de saison dernière. […] Comme le Brest Penn-ar-Bed avait besoin de soutien pour rebâtir un projet, on s'est lancé.» «Un ensemble de facteurs favorables» Quatre saisons plus tard, grâce au mécénat des frères co-présidents Le Saint, Denis et Gérard, à la tête de la société familiale éponyme leader dans la distribution de fruits et légumes (320 M€ de chiffres d’affaires en 2015) et par le biais de partenaires privés, Brest Bretagne Handball présente toutes les caractéristiques du géant en gestation. Là encore, la demi-finale Brest – Metz du 20 avril a illustré le tour de force réussi par les entrepreneurs bretons. Quelques minutes après l’exploit, tous les invités du club sont réunis dans les salons de la Brest Arena autour d’un immense buffet. On rencontre ici et là quelques-uns des 300 partenaires du club. «Je suis admiratif de la direction de Brest Bretagne Handball, confie l’un. Ça met à mal la réputation du sport, et du sport féminin en particulier, que l’on dit incapables de se développer sur des bases solides.» «Vous avez vu le match, l’ambiance incroyable, se réjouit un autre. Franchement, c’est génial pour Brest. C’est génial pour la ville. On a hâte que la saison prochaine débute.» Si 4200 places trouvent preneurs en seulement 3 jours, comme l’a revendiqué le club, Brest semble en effet sur le chemin du phénomène en passe de devenir modèle pour un championnat de France étranglé par des finances au rouge. «Il y a un engouement, tout est réuni pour faire un grand spectacle et pour aller très loin, estime Laurent Bezeau, entraîneur des Brestoises. Même sur des matchs très moyens, le public répond présent.» L’affluence moyenne de la saison (plus de 3200 spectateurs par match) est à l’image de celle observée lors de cette demi-finale, impressionnante pour un club de l’antichambre de la D1. «Elle montre que le hand féminin peut être quelque chose d’enthousiasmant, de spectaculaire, de grand, à partir du moment où on y met des valeurs, des qualités et de la compétence. Il y a un ensemble de facteurs favorables, un public, une culture, une équipe, des bonnes personnes. J’ai trop tendance à entendre des gens pleurer et surtout noircir, sans avoir de vision. On passe notre temps à vouloir copier sur le handball masculin. Mais ce n’est pas la même chose !» Et l’entraîneur de réfuter l’idée de nouveau modèle : «Non, je ne donne de leçon à personne. Chacun a sa propre culture. Ce n’est pas parce que Metz perd ce match qu’il y a des choses à remettre en cause. On est notre propre modèle. A chacun de trouver sa voie. C’est cette hétérogénéité qui fera du handball féminin français un sport grand et beau.» Ch.L. DOSSIER SPORTIVA Consultez notre enquête sur la crise du handball professionnel français et l'interview de Nodjialem Myaro, présidente de la LFH.

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HANDBALL PROFESSIONNEL : BREST, NOUVEAU MODÈLE (2/3)

Texte et photo : Christophe Lemaire, envoyé spécial à Brest

HANDBALL. Suite de notre dossier sur le handball professionnel féminin en France avec un focus sur le Brest Bretagne Handball. Champion de France de Division 2, le club breton, promis à la promotion en Ligue féminine (LFH) la saison prochaine, s’annonce déjà en nouvel épouvantail du hand national. Bâti sur les cendres de feu Arvor 29, champion de France en 2012 et pourtant rétrogradé au même moment pour raisons financières, le BBH se réclame d’un tout autre modèle de viabilité économique, par la force du mécénat, d’une flopée de partenaires privés, d’une aréna moderne et d’une large assise populaire. Alors Brest, nouveau modèle de réussite et bouffée d’oxygène pour la LFH ? Reportage. (7997 signes)

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