SPORTIVA

Le sport au féminin

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    • 2016-05-13 00:00:00
    • NODJIALEM MYARO : «UNE CRISE DE CROISSANCE» (3/3)
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    • HANDBALL. Suite et fin du dossier Sportiva consacré au handball professionnel féminin en France, avec l’interview de la présidente de la Ligue féminine de handball (LFH), Nodjialem Myaro. Après notre enquête sur l’état des lieux publié lundi et notre reportage à Brest, modèle en puissance, mis en ligne mercredi, la parole est à l’ancienne internationale tricolore, sacrée championne du monde en 2003. En fonction depuis 2013, la dirigeante de la LFH s’exprime sur les difficultés rencontrées par son sport au niveau professionnel et sur l’avenir du championnat de France. Entretien*. (10253 signes) Est-ce que la Ligue féminine traverse une crise ? Nodjialem Myaro. Il s’agit d’une crise de développement, d’une crise de croissance. Depuis sa création, la LFH n’a cessé de se développer. De ce point de vue, c’est positif. Mais cette année a été très compliquée, parce que, dans cette croissance, des actions ont été faites de manière trop précipitée. J’y vois l’envie de trop vite grandir, en oubliant la structuration, les bases de la viabilité sur le long terme. Les situations de Mios et Nîmes en sont deux beaux exemples malheureusement. La viabilité, est-ce le leitmotiv de la LFH ? Tout à fait, il faut de la longévité, de la visibilité, de la constance pour que l’on puisse attirer des partenaires, pour que l’on puisse faire en sorte de grandir tous ensemble. Quand on grandit, on trébuche. Là, certains clubs ont trébuché, avec des conséquences dramatiques, puisqu’il y a des licenciements de personnels administratifs comme de joueuses. C’est évidemment complexe mais d’une certaine façon incontournable lorsqu’on veut franchir des paliers. Lorsque deux clubs disparaissent, c'est toute la LFH qui est punie ? Il a fallu se réajuster. Il y a d’abord eu Mios. Puis il y a eu le deuxième couperet avec Nîmes. Ces deux clubs existaient déjà avant la LFH, ils étaient structurés. Forcément, il y a des conséquences sur les autres clubs. Tout le monde a payé, à différents niveaux. Il y a eu des dommages collatéraux. Ce qui est clair, c’est qu’il est impossible de revivre ça la saison prochaine. C’est l’objectif majeur. Les clubs l’ont compris. On a été face à deux situations où on a été en réaction. On n’a pas pu anticiper certaines choses. Tout le monde a dû se réajuster. «Faut-il être encore plus rigide ? Je pense...» Nîmes a fait état d’un déficit de presque 400000 euros. Comment peut-on ne pas voir et prévoir un tel événement ? Il y a des événements prévisibles. Mios, par exemple. La CNCG (la commission de contrôle de gestion, le gendarme financier de la Fédération française de handball, ndlr). On se doit une entière transparence. Des clubs ont pu être accompagnés avec la mise en place de certains dispositifs permettant d’éviter la catastrophe. Mios était limite l’année précédente. Le club ne devait pas repartir en LFH cette saison. Finalement, ils ont apporté des éléments montrant que des subventions allaient venir. Le problème, c’est que les documents n’étaient pas certifiés. C’est donc compliqué d’anticiper sur des données erronées. Pour Nîmes, il y a eu un manque de transparence en interne au niveau du club. Faut-il être encore plus rigide ? C’est quelque chose qu’il va falloir faire je pense pour éviter que de telles situations se représentent. Après, j’estime que c’est une question de responsabilité, une responsabilité de président de club. Le hand se développe. Ils sont à présent à la tête d’une petite entreprise. On ne peut donc pas jouer sur des événements qui ne sont pas concrets ou réalisables. Les bons présidents de clubs, en tout cas ceux qui arrivent à se structurer, sont ceux qui ont un prévisionnel avec des garanties. A Nîmes, ils ont placé leurs espoirs sur quelque chose qui n’avait aucune garantie. Comment l'expliquer ? C’est toujours compliqué. Ces deux situations entachent le travail des présidents qui sont consciencieux, qui sont dans une logique de développement clair. Mios et Nîmes, ce sont deux cas d’une mauvaise gestion, avec une envie d’aller trop vite, d’augmenter les masses salariales, de prendre des joueuses en court de saison, de faire plein de choses sans garantie. Dans notre sport, personne ne peut garantir qu’une joueuse, même la meilleure du monde, puisse signifier automatiquement une augmentation de la billetterie ou l’apport d’un sponsor. C’est un leurre. L'exemple de l'arrivée Nikola Karabatic au PSG n'est pas transposable au handball féminin ? Pour le cas d’un tel joueur, on sait que son arrivée s’accompagne automatiquement de retombées médiatiques et financières. La preuve, cela a été le cas dans tous les clubs où il est passé. Maintenant, il n’existe aucune joueuse susceptible d’apporter pareil engouement en LFH. On ne peut pas faire comme le handball masculin. On fait le même sport mais on a des problématiques totalement différentes. Une grande conférence sur le sport professionnel s’est tenue en avril. Une série de préconisations ont été listées. Êtes-vous sensibles à ces propositions ? J’ai moi-même été questionnée dans le cadre de cette conférence. Oui, toutes ces préconisations me touchent, notamment pour l'incitation fiscale qui peut être faite au niveau du partenariat pour une entreprise. Elles ont pour ambition de développer le sport féminin. Yannick Souvré (qui a animé le groupe de travail sur le sport féminin), lorsque nous avons échangé, m’a conforté dans l’idée que le handball féminin se développait. Chaque fédération vit à un moment une période compliquée lorsqu'il faut passer ce palier économique. En période de crise, les subventions sont réduites pour les clubs. C’est une réalité pour tous les sports. On ne peut pas dire que le handball féminin soit touché particulièrement. Il l'est autant que les autres sports. Avec Yannick Souvré, on échangeait sur le fait qu’il faut continuer à se développer, à accompagner au mieux les clubs et à tirer l’intérêt commun vers le haut. «Si un club est transparent et rigoureux, il n’y a aucune raison pour qu’il s’écroule du jour au lendemain» Le partenariat privé est-il la principale difficulté du handball professionnel féminin ? Oui, absolument. Les clubs parviennent à attirer des sponsors au niveau local. Mais au niveau national, au niveau de la Ligue, la difficulté est là. Les difficultés financières rencontrées par les clubs ne sont pas nouvelles pourtant… Non, mais ce qui fait que c’est très visible cette saison, c’est que nous avons perdu 2 des 10 clubs pendant le championnat. Mais ce n’est pas inédit. Même Metz a rencontré des difficultés. Grâce à Thierry Weizman, le club est parvenu à éviter la descente. On a toujours eu des clubs ayant du mal à vivre en LFH de manière pérenne. A un moment, il faut surtout savoir qui on est. Avec le handball féminin, on peut faire quelque chose de très sympa. Au niveau de la médiatisation, les matchs sont actuellement télévisés sur beIN Sports. De ce point de vue, il y a une réelle croissance et un vrai développement. L’affluence dans les salles progresse. Mais ceci étant, il ne faut pas aller trop vite. Ce n’est pas parce qu’on avance qu’on peut se permettre un grand bond en avant. La LFH est-elle dépendante des bons résultats de l'équipe de France ? Au niveau du hand, beaucoup de joueuses internationales ont évolué en LFH ces deux dernières années. Au dernier championnat d’Europe, la LFH était le championnat national le plus représenté. La passerelle entre championnat et équipe de France est évidente. Une équipe de France moins performante représente évidemment un manque à gagner, entre guillemets, pour les clubs. Après il y a le haut niveau, mais il y a aussi la base. Êtes-vous touchée par le cas des joueuses en particulier, victimes collatérales de ces problèmes financiers ? Tout à fait. Il faut bien être conscient que l'on parle de licenciements. Ce qui me fait penser qu'il faut vraiment avoir une compétence et une clairvoyance pour accompagner un club. C’est dramatique parce que ça a mal été géré en interne. Si un club est transparent et rigoureux, il n’y a aucune raison pour qu’il s’écroule du jour au lendemain. «Brest ? Ça fait du bien» Que vous inspire le retour au premier plan du club brestois ? J’ai vu à la télévision les images de la demi-finale de Coupe de France face à Metz. C’était magnifique de sentir cette ambiance dans cette salle pleine. Brest a pris le temps de se restructurer avec des personnes consciencieuses et ambitieuses à sa tête. En voyant leur effectif cette saison, en voyant leurs recrues pour la saison prochaine et pour connaître un peu Laurent Bezeau (entraîneur de Brest Bretagne Handball), je pense que ça fait du bien. C’est là qu’on se dit qu’il y a vraiment un potentiel, à condition de prendre le temps de se structurer, de se développer, d’accompagner. Les clubs sont trop différents les uns des autres. Il y aura toujours des gros et des petits. A Brest, il y a un mécénat et un accompagnement fort de la part des présidents. Je crois qu’il faut accompagner ces clubs qui veulent rayonner. Combien de clubs disputeront la LFH la saison prochaine ? Cette saison devait être la dernière à 10 clubs avant de passer à 12 clubs en septembre 2016. Maintenant, avec les disparitions de Mios et Nîmes, on se retrouve au maximum à dix. Trois clubs de Division 2 ont le profil VAP (voix d'accès au professionnalisme) et sont donc susceptibles de monter en LFH. Mathématiquement, on peut donc être 11. On réfléchit donc en ce moment. Onze clubs, cela veut dire un exempt par journée. L’objectif, c’est d’avoir un championnat lisible et cohérent sans que cela mette en difficulté les clubs. Encouragez-vous le mécénat ? Encouragez-vous l'arrivée en LFH d'un gros investisseur comme le PSG en LNH ? Mon rôle n’est pas de favoriser tel ou tel modèle. Par contre, je n’ai qu’une obligation à formuler : le respect du cahier des charges. Dernière question. Qu'attendre des prochains états généraux du handball féminin, attendus pour la fin de l'année 2016 ? Le but des états généraux est d’avoir un regard extérieur sur ce qu’est le handball féminin en France aujourd’hui par le biais d’un audit. Une fois qu’on aura cette vue d’ensemble, il s’agira, avec tous les acteurs, on va essayer de mettre en place un agenda qui nous permettra de fixer une série d’objectifs à diverses échéances. Propos recueillis par Ch.L. *Entretien réalisé par téléphone le 22 avril dernier. DOSSIER SPORTIVA Consultez notre enquête sur la crise du handball professionnel français et notre reportage en Bretagne, à la découverte de la montée en puissance du club de Brest Bretagne Handball

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NODJIALEM MYARO : «UNE CRISE DE CROISSANCE» (3/3)

Propos recueillis par Christophe Lemaire. Photo : LFH.

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