SPORTIVA

Le sport au féminin

    0

    • 2017-06-06 00:00:00
    • CATHY TANVIER: « LE TENNIS FÉMININ M’ENNUIE ! »
    • Livre
    • voir
    • TENNIS. Alors que deux Françaises, Mladenovic et Garcia, atteignent enfin les quarts de finale des Internationaux de France, après une longue disette, l’ancienne joueuse Catherine Tanvier, sort un bouquin, qui égratigne tout le tennis féminin, son jeu stéréotypé et ses joueuses qui se multiplient à l’identique. « Je parle cash », prévient-elle. Et elle le fait dans 'Je lâche mes coups – comment le tennis-industrie a tué l’esprit du jeu' (publié il y a quelques jours chez Solar Edition). Un ouvrage qui mérite d’être lu : pour nourrir la réflexion sur ce sport, à la veille, aussi, de la réforme de la formation au haut-niveau, prévue par la FFT pour cet automne (Article de 3 500 signes en accès libre). Cathy Tanvier appartient à la génération des Martina Martina Navrátilová, Chris Evert, Steffi Graf. Sa chevelure blonde, son bandeau et son tennis la font surnommer la « Borgette ». La benjamine qui dispute les championnats de France des 11-12 ans avec ses raquettes en bois à Roland Garros, deviendra numéro 1 française à 17 ans; meilleure joueuse de tennis des années 80, et médaillée de bronze aux JO de Los Angeles en 1984. Si elle a troqué la raquette pour la plume, elle aime toujours son sport. Quitte à déplaire. Voici l’entretien qu’elle a accordé à Sportiva. À vous lire, le tennis féminin est plus à mal en point que le tennis masculin… «Le tennis masculin fait vivre le tennis féminin : depuis 2012, 50% des grands tournois sont à nouveau jumelés avec ceux des garçons. Rentabiliser, c’est le principal souci des directeurs de tournois et des sponsors. D’ailleurs, la WTA a très vite signé un contrat avec l’ATP. Chez les hommes, le tennis reste attractif : on peut discuter des personnalités. Mais prenez Lucas Pouille, il est introverti mais très proche techniquement des grands joueurs des années 90. Chez les femmes, ça manque d’originalité et de variation : toutes les joueuses se ressemblent ! C’est coup droit, coup droit et point le long de la ligne. Où sont passés la volée, le revers slicé ? Le jeu est stéréotypé : on bourrine. Et encore ! la surface de Roland Garros oblige les joueuses à tenir des échanges. Mais on est sur du formatage. On, s’ennuie. Quand Christ Evert jouait, elle faisait salle comble. D’ailleurs, elle dit la même chose que moi…» À qui la faute: aux coaches ? À l’omniprésence des pères ? À l’argent ? «On ne fait pas grandir l’individu. On fabrique des ‘machines de guerre’ : on ne leur demande pas de réfléchir, mais de frapper. Regardez Océane Dodin, Alizé Cornet, Caroline Garcia : on a l’impression d’avoir à faire à des gamines. Christ Evert avait de la confiance et de la maturité : ça a totalement disparu. Il y a une véritable incohérence à vivre dans un monde ultradollarisé, hyperconnecté aux réseaux sociaux mais déconnecté de la réalité, il n’y a pas de place pour la culture et l’éducation. Quand on voit une joueuse affolée sur le court, qui regarde son coach tout le temps, c’est qu’il n’a pas fait son boulot. Avant, les filles savaient gérer leur match. On voyait même les plus beaux points dans les moments cruciaux. Et lorsque Garbiñe Muguruza insulte son coach en lui disant ‘la ferme !‘ et l’appelle ensuite sur le court et qu’il lui dit ‘ ne me manque plus jamais de respect ‘, je dis bravo ! Il y a des micros partout : on entend la façon dont les joueuses les invectivent parfois, parce que l’argent autorise tout. » Et les pères des joueuses ? « Je trouve tout simplement indécent de se faire de l’argent sur le dos de sa fille. Jennifer Capriati, qui a remporté Roland-Garros, a ensuite sombré dans la drogue. Aravane Rezaî a été détruite par la crise identitaire de son père. D’où l’intérêt, pour moi, de l’existence de la Fédération française de tennis : elle est totalement nécessaire. J’entraîne en ce moment un jeune et je lui dis ‘si tu es sélectionné, surtout, vas-y ‘Vous n’y avez pourtant pas franchement vos entrées… «C’est la consanguinité. Ni Nathalie Tauziat, ni moi-même, n’avons jamais été sollicitées. Il y a un nouveau président et un nouveau DTN : j’aimerais y croire, mais c’est toujours le même discours. Ils sont entre eux. Ils auraient pourtant tout à gagner, à ouvrir. Prenez Benoît Paire, c’est une pépite, alors que son coup droit est consternant. Cela veut vraiment dire qu’il est bon dans les autres compartiments du jeu : mais il n’y a vraiment personne pour corriger techniquement son coup droit ? Cela ne coûterait pourtant pas cher à la FFT ! Il y a des gens bien, mais d’autres qui restent sourds à nos appels. Or, ça ne fait pas grandir le tennis français. Et puis c’est l’argent du contribuable et du licencié… » À l’évidence, la Fed Cup ne séduit plus autant les joueuses. Pourquoi ? « Avant, être sélectionnée en Fed Cup, était un privilège. Et quand la FFT vous a gratifié de wild cards qui vous permettant de remporter 30 000 euros; quand vous perdez un grand tournoi au premier tour et qu’on vous a financé un coach à raison de 150 000 euros par an, avant que vous ne gagniez votre vie par vous-même, vous devriez vous sentir en devoir de rendre ce que vous avez reçu. Il y a un vrai problème de conscience, cela s’appelle réagir en gosse de riche, non ? « Après le désistement de Caroline Garcia en équipe de France, c’est Océane Dodin, vingt ans, 74e mondiale qui se montre dubitative sur sa participation contre la Suisse, en février. Elle aussi ne déborde pas d’enthousiasme à l’idée d’enfiler le maillot bleu ! C’est une blague ? Même pas ! (1) » Qu’attendez-vous réellement de la publication de cet ouvrage : quelque chose pour vous ? « Non. J’ai adoré jouer au tennis. Aujourd’hui, c’est vrai, je suis au RSA : je ne mange pas le même pain que d’autres ! Mais j’écris : j’ai des romans dans le tiroir. C’est un choix de vie : lire et écrire. J’ai l’impression de me nourrir dans la bonne direction. Rimbaud, Apollinaire, Jack London, Violette Leduc. Et puis j’aime bien écouter Barbara, Bob Dylan. Je trouve dans l’écriture, la même créativité que dans le tennis d’alors ! » Propos recueillis par P.M. NOTE (1) Océane Dodin a fait la déclaration suivante au sujet de la sélection en équipe de France pour la Fed Cup: « Pour moi, le tennis est un sport individuel. Je suis vachement là-dessus. Tout ce qui est sports d’équipe, ce n’est pas mon truc. L’esprit d’équipe, le groupe, ça peut être important, mais pour moi pas trop… » (extrait du livre ' Je lâche mes coups ').

ACTUALITES

Livre

CATHY TANVIER: « LE TENNIS FÉMININ M’ENNUIE ! »

Propos recueillis par Pascale Marcaggi. Photo-montage Sportiva

TENNIS. Alors que deux Françaises, Mladenovic et Garcia, atteignent enfin les quarts de finale des Internationaux de France, après une longue disette, l’ancienne joueuse Catherine Tanvier, sort un bouquin, qui égratigne tout le tennis féminin, son jeu stéréotypé et ses joueuses qui se multiplient à l’identique. « Je parle cash », prévient-elle. Et elle le fait dans 'Je lâche mes coups – comment le tennis-industrie a tué l’esprit du jeu' (publié il y a quelques jours chez Solar Edition). Un ouvrage qui mérite d’être lu : pour nourrir la réflexion sur ce sport, à la veille, aussi, de la réforme de la formation au haut-niveau, prévue par la FFT pour cet automne (Article de 3 500 signes en accès libre).

Cathy Tanvier appartient à la génération des Martina Martina Navrátilová, Chris Evert (...)

J'achète cet article
ABONNEMENT (3 MOIS OU 1 AN)

Je suis déjà abonné-e:

ACTUS SIMILAIRES

Facebook Twitter