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Le sport au féminin

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    • 2017-07-31 00:00:00
    • CASTER SEMENYA, UNE ATHLÈTE HORS-NORMES
    • Athlétisme
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    • ATHLÉTISME. Caster Semenya a réalisé le vendredi 21 juillet, au stade Louis II à Monaco, dans le cadre de l’étape monégasque de la Ligue de Diamant, la meilleure performance mondiale de l’année sur 800 m en 1’55’’27, son record personnel. À Londres, lors des championnats du monde d’athlétisme (4-13 août), la Sud-Africaine compte rééditer la performance et vise le titre. Sa course et sont temps final seront une nouvelle fois hautement scrutés et commentés. La Sud-Africaine s’alignera également sur 1 500 m. Sportiva-infos revient sur cette histoire sportive sans équivalent : celle d’une femme, hors des normes de féminité sociales et biologiques imposées par la société et les instances sportives dirigeantes. (Article de 6 800 signes en accès libre). La scène se passe en Allemagne, à l’été 2009, lors des championnat du monde d’athlétisme. Une jeune sud-africaine de 18 ans, Caster Semenya surclasse ses concurrentes du 800 m sur la piste de l’Olympiastadion de Berlin. Elle passe la ligne d’arrivée en tête avec 20 m d’avance sur la kenyane Janeth Jepkosgei en 1’55’’45. Un temps qui la situe à deux secondes du record du monde de la tchèque Jarmila Kratochilova fixé à 1’53’’28 depuis le meeting de Munich en 1983. Un chrono à quinze longues secondes du kenyan David Rudisha, recordman de la distance dans la catégorie hommes, grâce à un double tour de piste réalisé en 2012 aux Jeux Olympiques de Londres en 1’40’’91. Pourtant, ce 19 aout 2009, à peine sacrée championne du monde, la victoire de Semenya est immédiatement entourée de soupçons. Mais si se sont des suspicions de dopage qui planent depuis 14 ans sur le record de Kratochilova, Caster Semenya est, elle, accusée par ses détracteurs d’une tricherie d’un autre genre. Un corps trop musclé, une voix trop grave, les cheveux trop courts et autres “doutes visuels” sont mis en avant par les médias et ses adversaires. L’Italienne Elisa Cusma, 6e de la course, déclare: “ C’est un homme.” Nick Davis, le porte parole de l’IAAF (Association internationale des fédérations d’athlétisme) annonce à la presse qu’il y a des “doutes sur son genre.” La Fédération s'empresse de lui faire subir un test de féminité. À son retour en Afrique du Sud, la jeune athlète est suspendue de compétition par l’IAAF pour une durée indéterminée. Le retour du test de féminité La victoire de Caster Semenya déclenche ainsi la troisième vague de tests de féminité de l’histoire de l’athlétisme mondial. Il y a d’abord eu le test gynécologique, instauré en 1966, qui a mis en lumière la diversité de l’anatomie des corps humains. Ensuite, c’est le test chromosomique qui est apparu dans les années 1990 (effectif jusqu’en 2000). Avec ce test de corpuscule de Barr, les médecins du sport découvrent l’existence des personnes intersexuées. Le cas Semenya engendre l’apparition d’un autre test, hormonal cette fois, censé distinguer scientifiquement les deux sexes juridiques. En effet, après des mois de spéculation sur l’identité de la coureuse, l’IAAF lève finalement sa suspension mais publie peu de temps après, en avril 2011, un rapport “régissant la qualification des femmes présentant une hyperandrogénie pour leur participation dans les compétitions féminines.” La relation avec le cas Semenya est évident. En produisant plus d’hormones endogènes que la moyenne féminine, elle ne peut concourir dans la catégorie dames à moins de subir une hormonothérapie. L’idée est de baisser artificiellement le niveau de testostérone afin de garantir une certaine équité entre les athlètes. L’équité sportive ? Quelle équité sportive ? L’histoire de Caster Semenya et la découverte de l’existence d’athlètes hyperandrogène interroge en effet l’équité sportive. Les catégories de poids, d’âge, de handicap et de sexe visent à entretenir l’égalité des chances entre les concurrents. Mais le sport, par la recherche de performance est aussi générateur d’inégalité notamment sur le plan physique et morphologique. La production naturelle de testostérone par Semenya est considérée par les instances dirigeantes comme un avantage qu’il faut réguler. Anaïs Bohon, socio-historienne française et auteure du livre “Le test de féminité dans les compétitions sportives. Une histoire classée X” (paru aux éditions iXe en 2012) écrit : “Quand bien même il serait prouvé scientifiquement que la testostérone, produite de manière endogène, permet d’accroître les performances, cela reste un avantage biologique naturel au même titre qu’une vision exceptionnelle et/ou une très grande taille.” Une reprise en demie-teinte... Caster Semenya revient sur la scène internationale pour les mondiaux de 2011. Sur la piste de Daegu (Corée du Sud), elle est proche de l’emporter mais la russe Mariya Savinova la bat lors du sprint final. Une fin de course qui laisse perplexe les spécialistes comme Anaïs Bohuon: “N’a-t-elle pas préféré obtenir cette seconde place afin d’éviter de revivre le cauchemar de Berlin? Son sourire, son immense joie, voire son soulagement, exprimés suite à la course qu’elle vient de perdre peuvent laissent sceptique”, déclare-t-elle dans un entretien publié sur “Le Club de Sept’’ (club participatif du média suisse sept.info). En 2012, aux Jeux Olympiques de Londres, Semenya, alors porte-drapeau de la délégation Sud-Africaine, s’incline une nouvelle fois contre la Russe en finale. Elle rentre chez elle avec la médaille d’argent qui se transformera en février 2017 en or, suite la suspension de Mariya Savinova pour dopage. Le règlement de l’IAAF retoqué par le TAS En 2015, une autre athlète, la sprinteuse indienne Dutee Chand va provoquer un tremblement de terre. À 18 ans elle se voit interdire de compétition aux Jeux du Commonwealth. La raison : une hyperandrogénie détectée à son insu lors d’un test de féminité présenté comme un contrôle anti-dopage par sa fédération. Au lieu de quitter sans faire de bruit le monde de l’athlétisme par peur de subir l’humiliation vécu par Caster Semenya, Dutee Chand saisi le T.A.S (Tribunal administratif du Sport). Elle annonce publiquement refuser l’hormonothérapie imposée par l’IAAF, en exposant les effets secondaires lourds que peuvent entrainer un tel traitement médical. Elle dénonce également les conséquences psychologiques de cette mesure discriminatoire envers un avantage naturel. Le TAS lui donne en partie raison et décide en juillet 2015 de suspendre le règlement de l’IAAF. La Fédération dispose donc de deux ans pour prouver scientifiquement que les athlètes hyperandrogènes disposent d’un avantage injuste par rapport à leur concurrentes. Et c’est ainsi que le 4 juillet 2017, un mois avant la date limite imposée par le TAS, le British Journal of Sport Médecine publie une étude soutenue par l’IAAF visant à évaluer l’influence de la testostérone sur les performances de l’athlète. Les chercheurs révèlent que pour l’épreuve de prédilection de Semenya, les femmes hyperandrogènes auraient un gain de vitesse de 1,8% sur la course. Une étude qui n’aura pas d’influence sur les championnats du monde de Londres. Dans un communiqué l’IAAF précise que les règles sont toujours suspendues, et ce jusqu’à la décision définitive du TAS. Une féminité hors-normes Forte de son titre de championne Olympique obtenu sur la piste de Rio en 2016, et de son nouveau record personnel de 1’55’’27 (voir plus haut) réalisé à Monaco à quelques jours des mondiaux 2017, Caster Semenya semble être au meilleur de sa forme. Mais comme à chaque sortie, les performances de l’athlète sont accompagnées dans les stades et sur les réseaux sociaux de commentaires racistes, sexistes ou homophobes. Et elle n’est pas la seule car depuis 2000, les​ athlètes accusées de mentir sur leur genre sont presque toutes issues des continents africain et asiatique. Les athlètes occidentales sont elles généralement soupçonnées de dopage. La sociologue Elsa Dorlin explique dans le préface du livre d’Anaïs Bohuon “Le test de féminité dans les compétitions sportives. Une histoire classée X”: “Il est intéressant de noter les stratégies des athlètes Africaines-Américaines ou Caribéennes, qui depuis plusieurs décennies dominent l’athlétisme tout en usant des oripeaux de la féminité (ongles faits et peints, brushing et maquillage sophistiqués, transformation des tenues réglementaires en véritable défilé de mode, hétérosexualité et vie amoureuse médiatisées...).” Mais Caster Semenya, ne cherche pas à flatter les médias ou les instances par de tels stratagèmes. En tant que femme noire et homosexuelle elle est par définition hors des normes dominantes de la féminité blanche occidentale et l’assume. Elle déclare notamment au Kuchu Times, un média LGBTI Africain : “Qu’est-ce qui fait de nous une femme ? Si tu portes des jupes et des robes, ça veut dire que tu es une femme ? Non. Et oui, je suis une femme”. En transgressant les normes genrées et en se situant au-delà la limite “normale” de production de testostérone imposée par l’IAAF, Semenya défie, par ce qu’elle est, une bicatégorisation sexuée du sport et de la société, considérée jusqu’alors comme acquise et intangible... M.P. NOTE : Caster Semenya participera aux épreuves de demi-fond du 800 m et du 1 500 m. Programme du 800 m aux mondiaux de Londres : -séries : 10 août à 20h25 -demie-finales : 11 août à 20h35 -finale 13 août 21h10 à 21h30 (les horaires sont dotés en heure française) >Il n’y aura pas de Française en lice sur cette épreuve du 800 m Renelle Lamote, médaillée d’argent au championnat d’Europe 2016 en 2’00’’19, est blessée au mollet gauche depuis le mois de mai. Aucune autre Française n’a réalisé les minima de 2’01’’00, fixés par l’IAAF. Notons que le record de France est détenu par Patricia Djaté en 1’56’’53 depuis 1995. >Programme du 1 500 m -séries : 4 août à 20h35 -demie-finales : 5 août à 20h35 -finale : 7 août à 22h50 (les horaires sont dotés en heure française) >Il n’y aura pas non plus de Française sur la distance du 1 500 m. Les minima étaient de 4’07’’50 et aucune athlète nationale ne les a réalisés. Le record de France est détenu en 3’39’’76 (2010) par Hind Dehiba qui n’est plus en activité. La championne de France 2017 est É lodie Normand qui a couru à Marseille, mi-juillet, en 4’16’’56. Le record du monde est la propriété de l’Éthiopienne Ginzebe Dibaba en 3’50’’07 (2015).

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CASTER SEMENYA, UNE ATHLÈTE HORS-NORMES

Texte : Maïa Pavlenko. Photo DR

ATHLÉTISME. Caster Semenya a réalisé le vendredi 21 juillet, au stade Louis II à Monaco, dans le cadre de l’étape monégasque de la Ligue de Diamant, la meilleure performance mondiale de l’année sur 800 m en 1’55’’27, son record personnel. À Londres, lors des championnats du monde d’athlétisme (4-13 août), la Sud-Africaine compte rééditer la performance et vise le titre. Sa course et sont temps final seront une nouvelle fois hautement scrutés et commentés. La Sud-Africaine s’alignera également sur 1 500 m. Sportiva-infos revient sur cette histoire sportive sans équivalent : celle d’une femme, hors des normes de féminité sociales et biologiques imposées par la société et les instances sportives dirigeantes. (Article de 6 800 signes en accès libre).

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