SPORTIVA

Le sport au féminin

ÉDITO | AU NOM DE QUI PARLENT-ILS ?

Jeudi 9 novembre. Pour certains le monde est tellement bien fait qu’il permet les sophismes les plus radicaux et surtout les plus approximatifs. Cette façon d’être, et de mal penser, est particulièrement criante dès lors qu’il est question de sport féminin et encore plus de sa médiatisation. Des dizaines de fois Sportiva a eu l’occasion de pointer les approximations qui servent le discours revendicatif ambiant. Des kyrielles de fausses analyses et d’amalgames faciles encombrent ainsi les réseaux sociaux, les médias qui découvrent depuis peu le sport féminin et les têtes de gondole pensantes qui s’intéressent au sujet depuis qu’un ministère ou un autre a fait injonction de prendre en compte le sport féminin. Bref : il est un eu trop facile de poser que personne n’a jamais considéré et médiatisé le sport féminin et que depuis un ou deux ans, heureusement, les sauveurs, enfin, sont là. Il est bien trop pratique de supposer que jamais personne n’a su parler de manière cohérente (au niveau des faits et du lexique) de sport féminin.

Hormis la grosse ficelle qui consiste en creux à dire « heureusement que nous sommes là maintenant », il y a un abus insupportable à mettre tout le monde dans le même sac. Il y a une malhonnêteté à englober dans la critique toute une profession. Il y a enfin un sacré égocentrisme, autant qu’un pauvre tour de passe-passe, à se créer ainsi une légitimité car : où étiez-vous il y a 5 ans, il y a dix ans ? Mails il y a aussi un problème de taille à voir que les actuels faiseurs d’opinions (tweeter en est farci) donnent quitus à ce genre de mécanique intellectuelle et commerciale.

Si le sport féminin souffre de quelque chose aujourd’hui, ce n’est pas d’un manque de médiatisation ni de dérapages sexistes, c’est bien de la diffusion d’idées non avérées qui servent un discours et un positionnement partisans. Sont impliqués dans ce montage : des opportunistes commerciaux autant que des structures officielles. Les premiers pour le business (pas pour le journalisme, ni le sport, ne rêvez pas). Les seconds pour justifier d’une existence, d’une pseudo action…

Il est pathétique de voir des intellectuels s’emparer du sport féminin sous le seul biais de problématiques sexistes ou de quotas de diffusion. Le tout sans étayer les dires, sans référencer les assertions utilisées, en prenant seulement ce qui permet de soutenir le discours. L’un des problèmes portées par ces attitudes est le déni de pluralisme qu’elles comportent : on ne considère aujourd’hui la problématique de la médiatisation du sport féminin que par la télé ou par un journal quotidien que l’on installe ainsi abusivement en journal officiel du sport. Les expressions journalistiques existent pourtant en nombre et en cohérence. Ne pas les voir parce qu’elles ne servent pas le discours que l’on porte ou parce que l’on a décidé de ne parler média qu’à travers certaines oeillères est un réel problème de cohérence et une approximation intellectuelle qui fait frémir question éthique. .. Mais nous laissons les personnes concernées à leurs insuffisances.

La réalité médiatique est bien plus contrastée, variée et diverse que le « pauvre » militantisme auquel on assiste. Qu’un support papier, récemment apparu, soutenu par tout ce qui porte une officialisation autour du sport féminin (à commencer par le ministère des sports), se permette de jeter l’opprobre sur toute une profession est particulièrement préoccupant. Que veut dire ce titre ronflant " Quand les journalistes sportifs que nous sommes entretiennent le sexisme malgré eux ? " Qui leur a donné mandat pour parler au nom de tous les journalistes traitant de sport ? D’où tiennent-ils que toute cette partie de la profession fonctionnerait selon les mêmes ressorts mentaux et intellectuels ? Pourquoi vouloir faire passer l’idée, que sans les redresseurs de torts (dont apparement vous pensez être), un journaliste, un média n’est pas capable de traiter correctement le sujet sport féminin ? D’où tiennent-ils que dès qu’un journaliste masculin parle de sport féminin il actionne des clichés sexistes ? D’ailleurs, une fois de plus, où sont les exemples ? Il faut les citer. C’est un courage éditorial que semble-t-il ils n'ont pas. Comme ils n'ont pas l’honnêteté de mettre en avant les bonnes pratiques qui existent et ont toujours existé.

Au bout du compte ce mini-buz a les effets collatéraux suivants : englober abusivement tout le monde dans certains travers (sexistes et surtout non professionnels en l’occurrence); agir comme s’il y avait un avant et après prise de conscience (depuis 2-3 ans à peine); fouler au pied la notion de bonnes pratiques (elles existent concernant les médias et le sport féminin, elles sont nombreuses et évidemment nous revendiquons fermement d’en être). Bref bis : l’on assiste à la défense d’un business appuyée sur l’air du temps, l'entresoi, le militantisme du moment lequel montre, avec une belle constance, sa méconnaissance des médias, sans parler de celle du sport.

Pour notre part, nous défendons avant tout le journalisme et la presse indépendante. Depuis 10 ans. Sans être le moins du monde concernés par cette pseudo remise en cause de nos pratiques : elles sont bonnes par le simple fait d’être professionnelles. C’est simple, mais ce n’est apparemment pas donné à tout le monde. Sportiva.